Les ménages utilisent quotidiennement le gaz naturel pour leurs cuisinières, fours et chauffages. Derrière ces appareils se cache le méthane, un puissant carburant.
Lorsque le méthane fuit – ce qui est fréquent –, il impacte gravement l'environnement. Ce gaz possède un potentiel de réchauffement 80 fois supérieur à celui du CO2 sur ses 20 premières années dans l'atmosphère. Les émissions de méthane des bassins pétroliers et gaziers sont même visibles depuis l'espace. Ces fuites libèrent aussi des polluants toxiques comme le toluène, le benzène et le sulfure d'hydrogène, dangereux pour la santé.
Quels polluants exacts émettent les appareils à gaz naturel dans les habitations ? Cette question restait jusqu'alors peu explorée.
"C'est un polluant climatique puissant qui fuit partout, et partout où l'on regarde, il semble fuir plus que prévu", explique Drew Michanowicz, chercheur invité au Center for Climate, Health, and the Global Environment de l'Université de Harvard. "Nous voulions identifier les autres composants de ce gaz naturel si largement utilisé."
Michanowicz et son équipe de la Harvard T.H. Chan School of Public Health ont analysé le gaz naturel non brûlé provenant de fuites. Ils ont identifié près de 300 composés chimiques uniques, dont 21 classés comme "polluants atmosphériques dangereux" par le gouvernement fédéral. Publiée dans Environmental Science and Technology, leur étude porte sur 70 cuisinières et tuyaux de bâtiments à Boston (Massachusetts). Les échantillons contenaient du benzène, toluène, éthylbenzène, xylène et hexane, avec des niveaux variables selon les saisons – plus élevés en hiver.
Les chercheurs soulignent que les fuites, même importantes, ne sont pas toujours détectables. Le gaz naturel est inodore ; les fournisseurs y ajoutent du méthylmercaptopropane pour lui conférer son odeur caractéristique de œuf pourri. Pourtant, des fuites contenant jusqu'à 10 fois plus de méthane peuvent passer inaperçues.
"Nous n'avons pas de détecteurs dédiés au méthane, comme pour le monoxyde de carbone ou la fumée. Notre principale alerte repose sur ces odorisants", note Michanowicz.
Les impacts sur la santé restent à quantifier précisément, mais des substances comme le benzène sont déjà présentes via d'autres sources. Prochaine étape : évaluer les expositions quotidiennes avec et sans fuites. Un excès de benzène peut causer étourdissements, vomissements à court terme, et anémie à long terme.
En attendant, ventilez bien votre logement : ouvrez fenêtres et évacuations lors de la cuisson. Pour réduire les risques, optez pour des appareils électriques. Des États comme la Californie, le Massachusetts et New York interdisent déjà les nouveaux branchements gaz.
"Face au changement climatique, nous avons déjà de bonnes raisons de limiter les fuites de méthane. Cette étude en ajoute une pour repenser notre système énergétique", conclut Michanowicz.
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