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Cultiver une lampe : la révolution des matériaux vivants issus de champignons et bactéries

Depuis quelques décennies, les bactéries et les champignons ont opéré une transformation spectaculaire, passant d'indésirables à indispensables. Ils purifient l'eau, produisent des médicaments et fabriquent des aliments comme le substitut de viande Quorn. Leur potentiel s'étend désormais à la création de matériaux aux propriétés uniques.

La société néerlandaise de biotechnologie Hoekmine BV développe par exemple une peinture biodégradable qui « pousse » directement sur un mur. Composée de bactéries luminescentes, cette peinture vivante peut changer de couleur après application, en réaction à l'environnement. Cette caractéristique en fait un biocapteur idéal : si le mur d'une usine chimique vire au rouge, il alerte instantanément les occupants à évacuer.

Les bactéries produisent aussi des textiles et des matériaux de construction. Pour explorer ces matériaux « vivants », la bio-ingénieure gantoise Winnie Poncelet a créé l'agence de design Glimps. Elle et ses « bestioles » produisent déjà des meubles, des emballages et du cuir bactérien. « Pour le cuir, nous utilisons une culture bactérienne similaire à celle du kombucha, mélangée à du thé et du sucre. Placée dans un moule, elle se développe en cuir bactérien. » Ce matériau présente encore des limites, comme une imperméabilité insuffisante, mais des avancées sont en cours.

Poncelet obtient des résultats prometteurs avec les champignons. « Nous produisons des lampes à base de mycélium. Le mélange inclut des déchets agricoles (paille ou fibres de bois), des nutriments (farine ou marc de café) et un champignon. Des additifs améliorent l'isolation. Le mycélium forme un réseau filamenteux en forme de lampe, adaptable à d'autres objets design ou emballages. » Bientôt, ces panneaux moulés pourraient remplacer les panneaux MDF et de fibres.

Pour s'imposer comme producteurs de matières premières, les champignons doivent être cultivés de manière économique. Poncelet y voit un avenir radieux : le mycélium est léger, ignifuge, entièrement biodégradable et issu de déchets, incarnant l'économie circulaire. Contrairement aux méthodes traditionnelles destructrices (abattage d'arbres, sciage, assemblage), les matériaux vivants n'utilisent que le nécessaire et s'auto-assemblent.

Cette approche innovante intéresse même l'espace : la NASA et l'ESA étudient les micro-organismes pour produire des matériaux à partir d'urine d'astronautes, compatibles avec l'impression 3D.

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