FRFAM.COM >> Science >> Environnement

Évolution des chauves-souris vampires : adaptations génétiques uniques à leur régime sanguin

Les chauves-souris vampires sont des créatures fascinantes, même parmi les espèces de chauves-souris. Seuls mammifères à se nourrir exclusivement de sang, leur physiologie s'est adaptée de manière remarquable à ce régime exigeant. Elles possèdent aussi des compétences sociales avancées, comme l'explique Michael Hiller, professeur de génomique comparative au LOEWE Center for Translational Biodiversity Genomics à Francfort, en Allemagne.

Hiller et son équipe ont analysé les génomes de chauves-souris vampires communes et de plus de 26 autres espèces de chauves-souris. Ils ont identifié 10 gènes inactivés chez les vampires, aidant à gérer les forts niveaux de fer du sang et soutenant leurs impressionnantes capacités cognitives. Ces résultats ont été publiés le 25 mars dans Science Advances.

"Ces pertes de gènes révèlent la sélection naturelle dans la lignée des chauves-souris vampires", déclare Gerald Carter, écologiste comportemental à l'Ohio State University, non impliqué dans l'étude. "Au-delà de la digestion du sang, cela touche leur comportement et leur cognition."

Le sang, source alimentaire "sous-optimale" (80 % d'eau, peu de graisses et sucres), oblige les chauves-souris vampires à ingérer jusqu'à 1,4 fois leur poids corporel par repas, selon Hiller.

Parmi leurs adaptations : capteurs infrarouges sur le nez, incisives tranchantes sans émail, anticoagulants dans la salive, et une locomotion terrestre exceptionnelle (sauts, courses sur coudes). "Chez d'autres chauves-souris, ces capacités sont limitées", note Hiller.

Vulnérables à la famine en raison de leur régime pauvre, elles partagent du sang régurgité avec les congénères affamés, motivées par l'aide réciproque passée. Elles reconnaissent leurs pairs, se souviennent des interactions et forment des liens durables, même en captivité.

Pour soutenir ce mode de vie, des modifications génétiques ont eu lieu, notamment l'inactivation de gènes inutiles ou avantageuse. L'équipe a séquencé le génome de la chauve-souris vampire commune et l'a comparé à 26 autres.

"Nous avons ciblé les gènes inactivés spécifiquement dans cette lignée", précise Hiller. Treize pertes ont été détectées, liées à leurs traits distinctifs.

Trois étaient connues : liées au goût sucré et amer, perdu car inutile pour un régime sanguin.

"Pour beaucoup des 10 nouvelles, c'est du 'l'utiliser ou le perdre'", explique Hiller. Gènes pour sucres/graisses, acide gastrique (estomac devenu réservoir extensible), vision des couleurs (chasse en pleine obscurité).

D'autres concernent protéines et immunité ; peut-être obsolètes face aux pathogènes sanguins spécifiques.

Deux pertes excitantes : une aide à absorber le fer excessif (jusqu'à 800 fois plus que chez l'humain) via cellules intestinales ; l'autre inactive une enzyme dégradant une molécule cérébrale favorisant apprentissage, mémoire et sociabilité.

Les génomes des deux autres espèces sont séquencés pour comparaison. "La perte de gènes n'est qu'un aspect ; nous viserons des analyses plus exhaustives", conclut Hiller.

[]