La philosophe des sciences Sylvia Wenmackers revient sur le printemps 2020 marqué par le COVID-19 : avec un groupe d'universitaires, elle a transformé Slack en une véritable maison virtuelle au cœur de la pandémie.
Image : Slack
L'année dernière, nous avons exploré de multiples outils pour les appels vidéo. Les forums internet d'antan ont également refait surface, sous la forme moderne de Slack. Au printemps 2020, j'ai vécu dans un tel espace. Cela était bien sûr lié au COVID-19.
Lorsque la pandémie a frappé la Belgique, de nombreux volontaires se sont mobilisés, mais un épais brouillard régnait : personne ne savait précisément ce que les autres faisaient déjà. Avec la Jeune Académie, nous n'avons pas attendu d'instructions centrales. Nous avons concentré notre temps et nos ressources sur l'impact sociétal du virus. Nous avons commencé modestement, par un appel à outils et conseils pour une transition rapide vers l'enseignement à distance et le télétravail. Les réseaux sociaux nous ont apporté une aide précieuse. L'action #CovidCampus a produit un document de synthèse en ligne, mais deux autres résultats positifs en ont découlé.
Premièrement, ce processus a créé un fort sentiment d'appartenance chez les universitaires, tous confrontés aux mêmes bouleversements. Cela a généré une grande solidarité, qui s'est étendue à d'autres secteurs. Il était réconfortant de contribuer positivement, même sur un aspect mineur. Deuxièmement, les sujets du document se sont multipliés rapidement. Nous avons vite collecté des informations sur l'efficacité des masques maison, puis sur les conséquences de la pénurie de ventilateurs en Italie, y compris pour les respirateurs d'urgence.
Cela dépassait largement notre objectif initial et la capacité d'une simple feuille de calcul. Nous avons donc lancé la communauté en ligne Mitigate Corona, un forum Slack réunissant des bénévoles de la communauté scientifique belge. Cet espace permettait de partager informations, discussions et coordination (via canaux privés). La désinformation nous inquiétait, tout comme la réponse initiale belge trop lente. Un résultat concret : la traduction en néerlandais d'un article Medium de l'analyste de données Tomas Pueyo sur l'urgence d'agir vite.
Les journées ont été longues et ont commencé et fini sur Slack.
Sur notre canal le plus actif et un document associé, nous avons recensé toutes les initiatives belges pour concevoir et construire ventilateurs et accessoires de secours. Il était impressionnant de voir tant de personnes prêtes à aider. Nous avons contacté fournisseurs et entreprises, et partagé notre base de données avec le gouvernement. Rétrospectivement, notre apport principal a été de centraliser ces infos et connecter les acteurs clés. Médecins, ingénieurs, universitaires, représentants gouvernementaux (locaux), entreprises et organisations ont œuvré pour être prêts « au cas où ». Heureusement, ces respirateurs d'urgence n'ont pas été nécessaires en Belgique.
Comme tous, j'avais d'autres projets pour ce printemps 2020, mais les reporter fut aisé. Malgré l'angoisse et la course contre la montre (« La capacité des soins intensifs épuisée en deux semaines ! »), j'appréciais cet objectif unique, rare dans le rythme effréné de la vie universitaire.
À la maison, la fermeture des écoles a imposé un nouveau rythme. Les journées étaient longues, rythmées par Slack, entrecoupées d'enseignement, réunions et repas préparés par mon mari, souvent au jardin. Le beau temps a accentué le surréalisme, mais permis nos promenades nocturnes, seul moment de déconnexion totale des actualités et du forum.
Chaque jour se ressemblait, y compris le dimanche, idéal pour contacter mon épuisé interlocuteur d'une agence fédérale. L'école à la maison fermée le week-end offrait du temps pour un brossage de dents énergique : remède miracle contre l'excès d'adrénaline. Ce mode de vie n'était pas sain, mais l'immersion intensive sur Slack, ma maison des premiers mois, m'a donné un sentiment de connexion profonde avec les autres et le monde.
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