Photo : La tour de refroidissement de la centrale nucléaire allemande de Mülheim-Kärlich en construction.
En 2045, les tours de refroidissement de la centrale nucléaire de Doel ne domineront plus le port d'Anvers. La centrale aura été démolie jusqu'à la dernière pierre, et le site, transformé en un "champ vert" aux usages réaffectés.
Si ce "vert" est réellement écologique et adapté à des activités comme le sport ou les pique-niques sur d'anciens lieux de fission nucléaire reste sujet à débat. "Nous collaborons avec les autorités locales pour attribuer au site une vocation favorisant le développement économique et social de la région", précise Engie Electrabel.
L'opérateur qualifie le démantèlement du parc nucléaire belge de "projet le plus ambitieux jamais réalisé", surpassé seulement par la construction des centrales. Un fonds de 5,7 milliards d'euros couvre les coûts de démantèlement, et 7,4 milliards sont dédiés au stockage du combustible usé.
La centrale de Doel 3 représente à elle seule environ 360 000 tonnes de matériaux. Selon Electrabel, 1 % deviendra des déchets radioactifs. Les travaux débuteront le 1er octobre 2022 avec l'arrêt de Doel 3, suivra Tihange 2 le 1er février 2023. Si la loi sur la sortie du nucléaire est respectée, les réacteurs restants fermeraient en 2025, avec achèvement total prévu en 2045.
Plus de 180 réacteurs nucléaires commerciaux et expérimentaux ont déjà été déclassés mondialement, selon l'Association nucléaire mondiale (WNA). "Une vingtaine ont achevé l'ensemble du processus", note Patrick O'Sullivan, expert en démantèlement à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
Deux options principales : démantèlement immédiat ou "confinement sûr" pendant 40 à 60 ans, voire plus, comme à Dodewaard (Pays-Bas, fermée en 1997).
La centrale de Doel 3 représente à elle seule environ 360 000 tonnes de matériaux.
"Le confinement sûr était privilégié aux États-Unis pour des raisons financières, mais les experts y reviennent aujourd'hui", explique O'Sullivan. Il est courant pour les réacteurs à gaz refroidis au graphite, sans solution optimale. Rarement, un réacteur est "enterré" sous du béton, comme à Tchernobyl ou certains petits réacteurs américains.
Comme la plupart des opérateurs européens, Engie Electrabel choisit le démantèlement immédiat. "Malgré des avantages comme la décroissance naturelle de la radioactivité, le différé présente des inconvénients majeurs", souligne Arnaud Du Bois, co-responsable du démantèlement chez Tractebel. "La perte d'expertise après des décennies est critique."
Les neutrons activent les matériaux en radionuclides comme le fer-55 ou le cobalt-60 (demi-vie de 5 ans). Attendre 30 ans réduit le rayonnement d'un facteur 1 000.
Le processus commence par une cartographie radioactive via modélisations et mesures (foils neutroniques, échantillons de béton) pour plus de 60 radionuclides.
Après arrêt, phase de shutdown : retrait du combustible (99 % de la radioactivité). De la cuve (acier 25 cm) au bassin de désactivation pour refroidissement (3 ans), puis conditionnement en conteneurs (2 ans, 6 m x 2,5 m, 100 t), résistants aux chocs, feux et séismes.

Les conteneurs stockés dans un bâtiment ventilé attendent recyclage ou stockage géologique.

Décontamination chimique des circuits primaires. Puis phase "rip & ship" : découpe virtuelle en 3D/RV, puis réelle.
Composants internes (hautement radioactifs, dizaines de Sv/h) découpés sous eau par robots. Suivent générateurs de vapeur, tuyauteries (scies tungstène/diamant). Cuve segmentée en conteneurs. Béton externe : déchets conventionnels ; interne : conditionné.
Bâtiments résiduels décontaminés par grattage.

Vue de la cuve du réacteur lors du chargement de barres de combustible. Son retrait marque le début du démantèlement.
Déchets traités chez Belgoprocess (Dessel, filiale Niras) : catégorie A (faible/moyenne activité, vie courte, 26 000 caissons béton). Catégorie B (700-800 m³, vie longue). Combustible (cat. C) en attente stockage géologique.


Après démantèlement complet, 26 000 boîtes béton à Dessel pour déchets faible/moyenne activité vie courte.
Volume minimisé : incinération, compactage (presse 2 000 t), fûts acier en caissons.
Stockage combustible sur site (bâtiments 80 ans). Merci à Luc Noynaert (SCK CEN).
AFCN : « Les risques diminuent rapidement »
L'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) supervise la sûreté. "Risques environnementaux baissent vite ; restants : exposition personnel, accidents industriels", note Frederik Van Wonterghem. Contrôles papier/terrain sur techniques, doses, scénarios d'accidents.
Traçabilité déchets stricte. Déchets très faible activité (<10 µSv/an) réutilisables (ex. : casseroles, pépinières), 300 fois sous fond naturel (3 mSv/an).
Sol vérifié avant libération. Stockage combustible : bâtiments/conteneurs résistants crashes (avion militaire inclus). Simulations confirment doses max. 5 mSv, sans conséquences inacceptables.
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