Peter Dekker, doctorant en linguistique computationnelle au laboratoire d'intelligence artificielle (IA) de la VUB, fusionne linguistique et IA pour modéliser l'évolution des langues. Que se passe-t-il lorsque des langues entrent en contact ? Deviennent-elles plus simples sous l'influence des voisins ?
Les langues évoluent constamment. Par exemple, au Moyen Âge, misère signifiait « rester dans un autre pays », un sens bien différent d'aujourd'hui. Dans ma thèse, j'explore les mécanismes du changement linguistique via des simulations informatiques. Au lieu d'attendre des siècles, ces modèles reproduisent des milliers de conversations en un temps record, révélant les dynamiques d'évolution. Découvrez comment cela fonctionne.
Pour comprendre l'évolution linguistique, j'analyse des cas concrets tout en visant une vue d'ensemble de la diversité mondiale. Considérez une langue isolée en vallée montagneuse versus une langue à tons variés. Actuellement, je collabore avec des chercheurs de l'Université de Leiden sur l'alorais, parlé sur les îles indonésiennes d'Alor et Pantar.



L'alorais frappe par la perte quasi totale de ses terminaisons verbales (morphologie). En italien, chaque personne a une terminaison unique ; en néerlandais, trois formes suffisent (stam, stam+t, stam+en), rendant « tu parles » et « il parle » indistinguables. En alorais, pour presque tous les verbes, seule la racine subsiste :

« Je parle », « tu parles », « il parle » : une forme unique par personne. Pourtant, le lamaholot voisin conserve toutes les terminaisons. Comment expliquer cette différence ?

Écoutez l'alorais : extrait audio d'un conte folklorique raconté par James, habitant de Pantar. Enregistrement : Francesca Moro.
Extrait : environ trois personnes qui veulent grimper à un arbre.
Les linguistes attribuent la perte morphologique de l'alorais au contact avec les langues alor-pantar, d'une famille distincte, sur les îles d'Alor et Pantar.
Les apprenants adultes simplifient souvent les langues étrangères, omettant les terminaisons complexes. Cela s'est probablement produit chez les locuteurs alor-pantar apprenant l'alorais pour le commerce et les mariages, influençant ensuite les locuteurs natifs.
« Si vous essayez de vous exprimer en tant qu'adulte dans une langue étrangère, il y a une chance que vous 'simplifiiez' cette langue. »
L'alorais est un cas d'étude idéal : parlé uniquement sur les côtes (en bleu sur la carte), en contact constant, contrairement à ses parents comme le lamaholot, isolés à l'ouest.

Comment quantifier l'impact du contact adulte ? Impossible de rewinder l'histoire ou d'altérer les communautés. Les expériences en labo sont trop artificielles. D'où les simulations informatiques : agents virtuels échangent mots et formes, liant signifiants à concepts (ex. « pomme » pour pomme).

Mon modèle simule échanges de formes verbales + terminaisons ; l'auditeur infère verbe et personne (ex. « marcher+t » = 2e ou 3e personne).
Nous ne réécrivons pas l'histoire, mais la simulons ! Prenant le lamaholot comme état initial (terminaisons intactes), deux scénarios :
Si les terminaisons s'effritent plus en présence d'apprenants, cela prouve la simplification par apprentissage adulte.

Variables testées : généralisation, mémoire, adaptation aux apprenants. Combinées à des données de terrain et théories solides, ces simulations éclairent les linguistes. Elles résolvent des énigmes historiques.