Depuis l'Égypte ancienne, l'ail (Allium sativum) est au cœur de nombreuses recettes aphrodisiaques grâce à ses véritables propriétés tonifiantes. Considéré comme l'un des plus anciens aphrodisiaques de l'humanité, bien que les études scientifiques modernes n'aient pas pleinement validé ces traditions, il doit ses effets vasodilatateurs à ses composés soufrés comme l'allicine et à l'enzyme alliinase. Plongeons dans les grimoires ancestraux pour explorer ses usages séculaires dans l'art de la séduction.
Originaire du bassin méditerranéen et d'Asie mineure, l'ail est un ingrédient emblématique de la cuisine méridionale (aïoli, aillade, aillée...). Riche en minéraux (zinc, manganèse, iode) et en vitamines C et B1, il agit comme un puissant énergisant, expliquant sa réputation aphrodisiaque.
La forme même de la tête d'ail nourrit aussi sa légende érotique, comme le note Jean-Luc Henning dans son Dictionnaire érotique des fruits et légumes (1994, Albin Michel) : « L’ail est un bulbe lubrique. La forme de sa tête évoque du reste assez complaisamment ce dont les hommes sont si fiers et dont ils tirent parfois abusivement avantage. »
• Ail d’Aphrodite. En Grèce antique, l'ail était parfois vu comme anaphrodisiaque, pourtant Aphrodite l'utilisait dans ses philtres avec de la coriandre. Au temple de Corinthe, dédié à la prostitution sacrée, les hiérodules interdites de l'ail le prescrivaient à leurs clients pour booster leur virilité.
• Ail des orgies. Lors des Bacchanales dédiées à Bacchus, les gargotes romaines servaient des potages à l'ail pour stimuler l'ardeur. À l'inverse, pendant les Thésmophories en l'honneur de Déméter, les femmes en mâchaient pour repousser les avances masculines grâce à son haleine fétide.
• Ail des Saturnales. Pendant les fêtes saturnales, les Romains préparaient des aphrodisiaques avec jus d'ail et graines de coriandre (Coriandrum sativum), comme le rapporte Pline l'Ancien (23-79). Il affirmait aussi que trois tranches de pain frotté à l'ail quotidiennement augmentaient le volume des testicules.
• Ail d’Horace. L'odeur d'ail aurait causé la rupture entre le poète Quintus Horatius Flaccus (-65/-8) et la courtisane Lydia, évoquée dans ses Odes. Cette histoire inspira un poème d'Alfred de Musset (1850) et une œuvre de Jules Massenet (1886).
• Ail d’Ulysse. Dans l'Odyssée d'Homère (VIIIe siècle av. J.-C.), Ulysse utilise de l'ail sauvage (môly) pour séduire Circé, évitant sa métamorphose et gagnant ses faveurs.
• Ail d’Ovide. Dans L’Art d’aimer (Ier siècle av. J.-C.), Ovide (-43/17-18) recommande une pommade à base d'ail et de graisse pour améliorer les performances intimes, recette reprise plus tard en Inde.
• Ail des couples. En France médiévale, les jeunes mariés recevaient une soupe à l'ail le matin après la nuit de noces pour favoriser fertilité et vigueur.
• Ail des moines. Les moines le disaient asséchant la semence, mais sa sérotonine pourrait en réalité retarder l'éjaculation.
• Henri IV, le Vert Galant, baptisé avec vin de Jurançon et ail, aurait eu 57 maîtresses et 24 enfants. Il emportait toujours des gousses d'ail pour ses conquêtes, consommant omelettes et tartines aillées, malgré son haleine redoutable.
• Au Moyen-Orient. Le jeune marié porte encore une gousse d'ail à la boutonnière pour une nuit de noces passionnée.
• Ail et Kâmasûtra. Le VIe siècle, Vâtsyâyana inclut un ail local dans un élixir pour multiplier les conquêtes.
• Dans le Talmud. L'ail rendrait le sperme plus abondant.
Voici des remèdes ancestraux issus de la littérature. À utiliser avec modération.
• Ail cru le soir. Hachez deux gousses avec persil et huile d'olive pour une tartine ; la cuisson diminue ses vertus.
• Neutraliser l'odeur. Croquez café, anis, cumin, cardamome ou persil ; retirez le germe central.
• Aillade de minuit. Tradition provençale : soupe aillée et poivrée offerte aux jeunes mariés.
• Vin d’ail. XIXe siècle : macérez ail vert et absinthe dans vin chaud pour performances assurées.
En argot, « sentir l’ail » évoque les lesbiennes ; les « gousses » désignent prostituées ou nymphomanes.
Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814) : « L’ail, dont l’odeur est si redoutée de nos petites maîtresses, est peut-être le remède le plus puissant contre les vapeurs et les maux de nerfs. » Il calmait les hystéries et favorisait les règles.
Au XVIIe siècle, dans un traité médical : « Quand un homme au lit se repose / Et qu’il ne peut baiser sa femme qu’une fois, / Qu’il mange ail et poireaux, il doublera la dose, / Même la nuit suivante, il la baisera trois. » (Claude Dufour de La Crespelière, 1671)