Tout le monde sait instinctivement distinguer une pierre inerte d'un insecte vivant. Mais expliquer pourquoi ? Depuis des décennies, scientifiques de toutes disciplines s'affrontent pour définir la vie. Pourquoi est-ce si ardu ? Une définition est-elle vraiment nécessaire ?

La reproduction : un critère insuffisant ?
À une conférence, un expert affirme : « La capacité à se reproduire est l'essence de la vie. » L'assemblée acquiesce... jusqu'à ce qu'un participant rétorque : « Un lapin solitaire n'est donc pas vivant ? Seuls deux lapins, mâle et femelle, le seraient ! »
Cette anecdote, relatée par le biologiste moléculaire américain Daniel Koshland dans Science en 2002, illustre l'impasse. À ce jour, aucune définition universelle ne fait consensus. Nous reconnaissons la vie au premier regard, mais la cerner en mots reste un défi.
« Nous savons que la vie repose sur des cellules, sans exception connue », écrit le généticien Adam Rutherford dans Creation: The Origin of Life (2020). « Mais les cellules ne définissent pas la vie, comme les briques ne définissent pas une maison. » La vie émerge d'une synergie chimique complexe, bien au-delà de ses composants.

Alimentation, croissance et reproduction
En biologie scolaire, sept critères distinguent le vivant : respiration, nutrition, excrétion, mouvement, croissance, perception et reproduction. Les experts y souscrivent : les systèmes vivants sont organisés, extraient l'énergie de leur environnement pour croître et se reproduire, maintiennent un équilibre interne (homéostasie), réagissent aux stimuli et évoluent par mutations et sélection darwinienne.
Ces principes guident la recherche, bien qu'ils reflètent surtout la vie terrestre observée ou cultivée en laboratoire.
Plus de 200 définitions en lice
La littérature scientifique regorge de propositions – plus de 200 ! Wikipédia synthétise : « La vie est un système physico-chimique ouvert capable, par échanges d'énergie et de matière, de se maintenir, croître, se reproduire et s'adapter (court et long terme). »
Problème : la frontière entre inanimé et vivant reste floue, comme pour les virus.

Les virus portent ADN ou ARN évolutif, mais dépendent d'une cellule hôte pour se répliquer. Pas d'existence autonome. Philosophes et biologistes débattent : John Dupré (Université d'Exeter) distingue particules passives et virus actifs « participant à la vie ».
Craig Venter, pionnier de la biologie synthétique (première cellule au génome artificiel en 2010), simplifie : « La vie est un logiciel ADN. Changer le code change l'espèce. » La NASA opte pour : « Un système autonome capable d'évolution darwinienne. » Chaque définition a ses failles.

Les cellules bactériennes de Craig Venter avec génome synthétique. Crédit : Institut J. Craig Venter.
L'éléphant dans la pièce
Les disciplines divergent : astrobiologie, physique, chimie... Comme les aveugles décrivant un éléphant hindou (queue, trompe, peau rugueuse), chaque expert voit un aspect. Sans consensus.
Imiter la vie artificiellement aiderait, mais nos connaissances cellulaires restent limitées.
Une quête sans fin ?
Le biologiste néerlandais Nico van Straalen argue : une définition trop étroite biaise la recherche sur l'origine de la vie ou l'exobiologie. Jack Szostak (Harvard, Nobel) priorise la trajectoire chimie-vie sur une ligne de démarcation rigide.
Malgré tout, la quête persiste : catégoriser aide à comprendre.
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