Les chenilles, maîtres de la tromperie. Certaines imitent des bâtons ou des feuilles pour éviter de devenir le repas d'un prédateur. D'autres affichent des couleurs vives pour signaler leur toxicité. Quelques-unes agitent même des appendices gonflés pour effrayer les ennemis. Malgré ces stratégies impressionnantes, ces petites merveilles passent souvent inaperçues aux yeux des humains. Pas pour Samuel Jaffe, entomologiste émérite qui a dédié sa vie à révéler leurs secrets. Passionné depuis l'enfance au Massachusetts, où il collectionnait ces insectes près de chez lui, il a commencé à les photographier. En 2013, ce hobby s'est transformé en Caterpillar Lab, un centre éducatif du New Hampshire abritant des milliers de spécimens vivants. Les gros plans de cette organisation à but non lucratif dévoilent les mystères cachés dans nos jardins.
L'étude des chenilles révèle des insights sur l'écosystème. La plante préférée de cette larve à pois, la Chelone glabra (tortue blanche à fleurs roses), se raréfie le long de la côte Est. Cela pousse Euphydryas phaeton à se tourner vers le plantain anglais, soulignant les liens étroits entre faune et flore.

Ces insectes emblématiques ne fréquentent que quelques conifères, se camouflant parmi les branches grâce à leurs cornes épineuses. Chez Citheronia sepulcralis, les sphères brillantes au sommet pourraient mimer la sève coulant. Cependant, leur dépendance aux pins les rend vulnérables à la déforestation.

Nematocampa resistaria déploie quatre tentacules étranges qui se gorgent de liquide pour gonfler et repousser les assaillants. Présentes dans les forêts américaines, elles rappellent des araignées en se suspendant à des fils de soie, adoptant des poses intimidantes.

Le jeune Glaucopsyche lygdamus, futur papillon céruléen, bénéficie d'une protection myrmécophile. Certaines variétés nourrissent les fourmis de gouttes sucrées ; d'autres sécrètent des phéromones les détournant de leur colonie.

Cette larve urbaine tisse un cocon portable en agrégeant nourriture, excréments et soie, jusqu'à la taille d'une pomme de pin. Thyridopteryx ephemeraeformis s'y réfugie ensuite 7 à 10 jours pour puper en papillon de nuit brun et velu.

Malgré son air de pelote de laine, Euchaetes egle aux taches oranges avertit les oiseaux de sa toxicité. Comme le monarque, elle ingère des glycosides cardiaques des feuilles d'asclépiade.

Heterocampa umbrata adapte sa couleur au milieu : rosée pour le sol forestier. Samuel Jaffe observe plus de verts en étés humides, et de rouges en conditions sèches.

Exyra fax vit dans la plante carnivore homonyme. Elle éclos, se nourrit de ses sucs acides, tisse une soie pour sceller l'entrée et consomme les tissus. Certains migrent et hibernent.

Menacé, Tecmessa scitiscripta étend ses tentacules colorés sur plus de la moitié de son corps et se convulse pour terrifier les oiseaux, selon Samuel Jaffe.
Cet article a été publié initialement dans l'édition jeunesse automne 2021 de PopSci. Découvrez plus d'histoires PopSci+.