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Le discours sur l'État de l'Union de Biden minimise la crise climatique malgré le rapport alarmant du GIEC

Le président Biden a prononcé son discours sur l'État de l'Union mardi, un jour seulement après la publication du dernier rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) des Nations Unies. Pourtant, la crise climatique y a été à peine évoquée.

Biden a consacré plus de temps à l'invasion russe en Ukraine, à l'inflation et à la pandémie de COVID-19. Le changement climatique n'a reçu que deux mentions directes, relégué au second plan.

La première référence au changement climatique a porté sur son rôle dans la création d'emplois. « Nous créerons de bons emplois pour des millions d'Américains, en modernisant les routes, les aéroports, les ports et les voies navigables dans toute l'Amérique », a déclaré le président. « Et nous ferons tout pour résister aux effets dévastateurs de la crise climatique et promouvoir la justice environnementale. »

Biden a ensuite évoqué le climat sous l'angle économique : s'y attaquer permettrait d'économiser de l'argent aux Américains. Grâce à des investissements et crédits d'impôt pour verdir les habitations, et en doublant la production d'énergie verte, les familles pourraient « réduire leurs coûts énergétiques de 500 dollars par an en moyenne ». Il a ajouté que l'achat de véhicules électriques signifierait « que vous n'aurez plus jamais à payer à la pompe à essence ».

Comparé à sa campagne présidentielle, où Biden insistait sur l'urgence climatique comme une crise prioritaire, ce discours marque un virage, comme le rapporte The Washington Post. Le climat y est présenté comme un « problème de poche », une décision stratégique face à la hausse des prix de l'essence qui préoccupe les électeurs, selon la journaliste spécialisée Anna Phillips.

Les experts du climat, auteurs du rapport GIEC, appellent à une attention accrue. Ils soulignent les conséquences désastreuses d'une planète plus chaude : 3,6 milliards de personnes sont extrêmement vulnérables, et l'exposition à un stress thermique mortel pourrait passer de 30 % aujourd'hui à 76 % d'ici la fin du siècle.

« Nous sommes dans une situation d'urgence qui se dirige vers une catastrophe », a déclaré Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l'environnement. « Le changement climatique n'attend pas de bondir. Il est déjà sur nous, faisant pleuvoir des coups sur des milliards de personnes. »

Sans action immédiate, les impacts s'aggraveront. À +1,5 °C, les enfants de moins de 10 ans pourraient voir les phénomènes extrêmes multipliés par quatre dans leur vie. À +2 °C, 800 millions à 3 milliards de personnes risquent une pénurie chronique d'eau, et jusqu'à 18 % des espèces terrestres un risque élevé d'extinction d'ici 2100. À +4 °C, 4 milliards vivraient en sécheresse grave, et la moitié des espèces végétales et animales menacées.

« Le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui ne sera pas le monde dans lequel nous vivrons dans cinq, dix ou même vingt ans », a averti Debra Roberts, coprésidente du rapport GIEC. « Nous devons être beaucoup plus vigilants sur nos actions. »

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