FRFAM.COM >> Science >> Environnement

Pourquoi ramasser les excréments de votre chien protège l'environnement et la santé publique

Promenez-vous dans un parc, sur un trottoir ou un sentier, et vous tomberez inévitablement sur des excréments canins. Malgré les réglementations en vigueur, ces déchets persistent et représentent un risque majeur pour l'environnement et la santé publique.

"Beaucoup considèrent ces déjections comme un engrais naturel inoffensif", explique Pieter De Frenne, professeur de botanique appliquée à l'Université de Gand en Belgique. Pourtant, des décennies de recherches démontrent le contraire. Aux États-Unis seulement, des millions de tonnes d'excréments canins sont produits annuellement, avec des conséquences graves sur la santé humaine et les écosystèmes.

Les excréments de chien regorgent de pathogènes : un gramme contient environ 23 millions d'E. coli et autres bactéries coliformes fécales, ainsi que salmonelle, giardia et ankylostomes. Ils contribuent même à l'émergence d'infections résistantes aux antibiotiques chez l'humain.

Les impacts s'étendent aux animaux sauvages. Les carnivores comme les lynx roux ou renards évitent les zones contaminées, tandis que ces déchets favorisent les maladies chez d'autres espèces et les arbres. Un parasite présent dans les excréments canins provoque des avortons chez moutons, cerfs et bovins.

À l'échelle des écosystèmes, les pluies torrentielles entraînent ces selles vers les cours d'eau, polluant plages et zones conchylicoles. Elles contaminent sols agricoles et même l'air : une étude de 2011 identifie les excréments canins comme principale source de bactéries aéroportées en hiver à Cleveland et Détroit.

Ces déjections enrichissent excessivement les écosystèmes en phosphore et azote, provoquant des blooms algaux qui asphyxient la vie aquatique et rendent la baignade périlleuse.

Les chiens ne sont pas intrinsèquement nocifs ; le problème réside dans leur nombre croissant.

Sur terre, les fèces réduisent la biodiversité en favorisant des plantes communes au détriment des espèces rares. Une étude de février 2022 près de Gand révèle que les chiens ajoutent 11 kg d'azote et 5 kg de phosphore par hectare et par an dans les réserves naturelles – une quantité substantielle. Même dans les zones interdites, les sols restent surchargés.

"Les chiens reçoivent des aliments riches en protéines à domicile, contrairement aux animaux sauvages qui recyclent les nutriments locaux", précise De Frenne, auteur principal de l'étude. Les animaux domestiques "importent" ainsi des nutriments externes.

Greg Okin, professeur à l'UCLA, nuance : "Les excréments félins sont plus toxiques, et la gueule d'un chien est plus propre que celle d'un humain." Le vrai enjeu est démographique : 78 millions de chiens aux États-Unis, 90 millions en Europe, et une croissance en Chine, chacun produisant près de 225 g de fèces et un demi-litre d'urine quotidiennement.

Que faire ? Ramasser les excréments élimine 97 % du phosphore, 56 % de l'azote et réduit drastiquement les risques sanitaires, selon De Frenne. Une campagne américaine rappelle : "Si ramasser les crottes vous dégoûte, imaginez nager dedans."

Malheureusement, 25 % des propriétaires ignorent encore ce geste basique, selon des enquêtes récentes au Colorado et Washington.

Cependant, cela augmente les déchets en décharge : 10 000 sacs plastiques par chien en moyenne (étude allemande 2020), équivalents aux déchets du Massachusetts pour chiens et chats américains (Okin, 2017).

Okin préconise de jeter les excréments aux toilettes (attention aux fosses septiques). Autres solutions : enfouissement éloigné des eaux, compostage spécialisé, dog loos, patchs herbeux ou digesteurs biogas.

Au-delà des déchets, les chiens en liberté chassent la faune (phoques, koalas, oiseaux nicheurs). Mike Weston, expert à l'Université Deakin, note : "Les propriétaires priorisent souvent leur chien sur la biodiversité." Les chiens contribuent aussi au climat via leur alimentation carnée.

Mais les bénéfices des chiens – compagnie, exercice, santé mentale, aide aux handicapés – sont indéniables. "La coexistence est clé", insiste Weston. Pas question de renoncer à son compagnon.


[]