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Rémunérer les donneurs de sang : une solution prouvée pour augmenter les dons sans compromettre la qualité

L'indemnisation des donneurs de sang pourrait significativement accroître le nombre de dons essentiels, sans risque de dégradation de la qualité du sang, selon des économistes américains reconnus. Ils plaident pour un abandon progressif du principe strictement altruiste du don.

Rémunérer les donneurs de sang : une solution prouvée pour augmenter les dons sans compromettre la qualité

En Belgique, environ 70 % de la population aura besoin de sang à un moment donné – lors d'un accouchement, d'un accident, d'une opération ou d'une maladie –, mais seulement 3 % donne régulièrement. La Croix-Rouge, chargée de la collecte (comme Sanquin aux Pays-Bas), perd annuellement 10 % de ses donneurs pour cause de maladie, grossesse ou déménagement. L'organisation met donc l'accent sur la motivation des nouveaux donneurs. Aucune compensation financière n'est prévue : les donneurs reçoivent parfois un petit cadeau (serviette, billet de cinéma), mais le don reste gratuit, comme dans la plupart des pays.

Des études d'intervention menées aux États-Unis, en Argentine, en Suisse et en Italie démontrent que des incitations matérielles – t-shirts, cartes-cadeaux ou jour de congé supplémentaire – boostent fortement les dons. En Italie, un congé payé a augmenté les dons annuels de 40 %. À l'inverse, un test de cholestérol gratuit n'a eu aucun impact.

La réticence à rémunérer les donneurs repose sur une recommandation de l'OMS : le don doit rester altruiste pour préserver la motivation intrinsèque et éviter d'attirer des donneurs à risque, qui pourraient dissimuler des problèmes de santé ou des comportements à risque.

Des économistes américains, dont Nicola Lacetera de l'Université de Toronto, contestent cette position. Ils critiquent les études de l'OMS, basées sur des déclarations hypothétiques plutôt que sur des comportements réels. « Nos recherches, fondées sur des données concrètes, montrent que les récompenses matérielles augmentent les dons – parfois de manière spectaculaire – sans affecter négativement la qualité du sang ni le profil des donneurs. Les tests de dépistage ont par ailleurs grandement progressé depuis les directives de l'OMS », explique-t-il.

Les chercheurs ont analysé les données de 100 000 donneurs sur 72 sites de la Croix-Rouge américaine. Sur la moitié des sites, des chèques-cadeaux ont été offerts : +26 % de dons pour 5 $, +52 % pour 10 $. Ces incitations ont même encouragé les donneurs à recruter d'autres participants, et l'effet persiste au-delà de la période de récompense.

Argent contre sang ?

Aux Pays-Bas, le don gratuit est de plus en plus contesté. Dans Rein à vendre - Utérus à louer, des experts de l'Institut Rathenau dénoncent un double standard : les donneurs ne sont pas rémunérés, mais Sanquin vend ce sang "gratuit" aux hôpitaux au prix du marché.

Les économistes américains ne prônent pas un "cash for blood" pur, mais des incitations modérées comme "signes d'appréciation". « Cela renforce l'altruisme plutôt que de l'affaiblir. Les récompenses étaient liées à la présentation au centre, non au don effectif, minimisant les risques de fraude. Surtout en période de vacances ou d'été, l'altruisme seul ne suffit pas », précise Nicola Lacetera.

Pièces de carrosserie à vendre

En Belgique et aux Pays-Bas, le commerce de matériel corporel est éthiquement interdit : pas de rémunération pour le donateur, mais une allocation de frais. À l'étranger, c'est différent. Aux États-Unis, un prépuce circoncis produit 200 000 unités de peau artificielle à 1 000 € l'unité. Sperme et ovules se monétisent : 900 € en Espagne, jusqu'à 25 000 € pour des étudiantes d'Harvard ou Yale. Même post-mortem, des sites comme Skulls-unlimited.com vendent os et squelettes (mâchoire à 430 $, squelette complet à plusieurs milliers de dollars).

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