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Musique, mouvement et émotions : les recherches innovantes de l'IPEM à Gand

La musique, le mouvement et les émotions s'entrelacent de manière indissociable. L'Institut de psychoacoustique et de musique électronique de Gand (IPEM) explore en profondeur ces connexions, menant à des découvertes et applications surprenantes.

Lorsque vous écoutez ou produisez de la musique, les effets ne se limitent pas à votre esprit : votre corps et vos mouvements sont également impliqués. Vous adaptez inconsciemment votre rythme de marche à la musique, et un musicien peut fusionner avec son instrument. Ce phénomène est désigné sous le nom d'Embodied Music Cognition.


Dirigé par le professeur Marc Leman, l'IPEM réunit une trentaine de chercheurs étudiant les liens entre musique, mouvement et émotion. « La musique influence nos actions et notre façon de bouger », explique Micheline Lesaffre, docteure en musicologie. « Nous mesurons ces effets grâce à des technologies avancées et développons des applications pratiques pour la vie quotidienne. »


Ces applications sont variées. Prenons le D-Jogger, développé par le doctorant Bart Moens : cet outil propose un accompagnement musical adapté aux coureurs. Contrairement à l'application Start to Run, qui impose un rythme musical, le D-Jogger analyse le tempo de course en temps réel et sélectionne des chansons correspondantes. « Les recherches montrent que s'adapter au rythme confortable réduit la fatigue », précise Lesaffre. Le rythme de l'athlète guide ainsi la musique.

Actuellement limité à un catalogue restreint, le D-Jogger évoluera pour scanner de vastes bibliothèques musicales.

Surprenant : il bénéficie aussi aux personnes atteintes de la maladie de Parkinson (PwP). « La synchronisation automatique à leur tempo favorise la détente et réduit temporairement les symptômes comme les tremblements. »

Le dessin musical en mouvement
Autre innovation : la Music Paint Machine de Luc Nijs. En jouant et en bougeant la tête et les hanches, le musicien crée un dessin numérique en temps réel sur écran. Des capteurs captent les mouvements ; un tapis à pression sélectionne les couleurs ; l'intensité sonore épaisse ou affine les traits, et la hauteur détermine la direction verticale.


Pour Lesaffre, cette technologie révolutionne l'éducation musicale : « Les enfants apprennent de façon créative, sans maîtriser encore la lecture des notes, libérés des contraintes théoriques classiques. »

Les liens musique-émotions sont aussi au cœur des travaux. Edith Van Dyck a démontré que la danse révèle l'humeur. Dans une expérience, des participants, induits en joie ou tristesse via des scénarios (gain au loto ou perte d'un animal), dansaient librement sur une musique neutre. Des caméras infrarouges et détecteurs ont analysé leurs gestes : amples, rapides et impulsifs en joie ; modérés et calmes en tristesse.


Des avatars animés reproduisant ces danses ont été montrés à d'autres volontaires : plus de 80 % ont correctement identifié l'humeur. Ainsi, l'état d'esprit influence fortement la danse.

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