Un suicide représenté dans une série télévisée augmente-t-il les suicides réels ? La science n'a pas démontré de lien clair.
La série Netflix 13 Reasons Why (connue en français sous le titre 13 raisons pourquoi) suscite de vives controverses. Elle raconte l'histoire d'une lycéenne qui se suicide et laisse derrière elle 13 cassettes audio, une pour chaque personne qu'elle tient responsable de sa décision. Chaque épisode explore une cassette, et l'avant-dernier montre de manière graphique son suicide.
Le suicide peut être contagieux. Toutes les causes potentielles d'une telle réaction en chaîne doivent être prises au sérieux.
Les défenseurs estiment que la série dépeint fidèlement les mécanismes du suicide, aidant à mieux comprendre les facteurs qui y mènent. Ils plaident pour une représentation ouverte et sensible, bénéfique même pour ceux qui s'y reconnaissent. Les critiques, eux, redoutent un effet d'imitation, craignant que la série ne normalise le suicide comme solution à divers problèmes.
On sait que le suicide peut être contagieux, un phénomène dit « copycat ». Il convient donc de prendre au sérieux tout déclencheur potentiel. Cependant, du point de vue scientifique, il reste incertain si la fiction peut inspirer des actes réels.
Avant 13 Reasons Why, il y avait Roméo et Juliette de Shakespeare. En 1774, Johann Wolfgang von Goethe publie Les Souffrances du jeune Werther, où le héros se suicide par chagrin d'amour. À l'époque, ce roman fut accusé d'avoir provoqué une vague de suicides en Europe, certains imitateurs s'habillant comme Werther ou emportant le livre sur la page du suicide. Le chercheur David Phillips a nommé ce phénomène « l'effet Werther ». À la suite de ses études, vers 1970, il fut recommandé de ne plus placer les suicides en une des journaux.
À Vienne, les grands journaux ont limité la couverture des suicides dans le métro, ce qui a entraîné une forte baisse des cas. Un exemple du pouvoir des médias.
Outre l'effet Werther, existe l'effet Papageno, du nom du personnage de l'opéra de Mozart La Flûte enchantée. Papageno tente de se pendre par désespoir amoureux, mais trois esprits enfantins le dissuadent.
Les études montrent que la couverture médiatique des suicides de célébrités augmente les tentatives, particulièrement chez les personnes du même sexe et âge. Par exemple, après la mort de Marilyn Monroe en 1962, les femmes d'une trentaine d'années sont devenues un groupe vulnérable. Des chercheurs comme King-wa Fu et Paul Yip ont observé des hausses de suicides à Hong Kong, en Corée du Sud et à Taïwan après des suicides de stars asiatiques.
Il n'y a jamais une seule raison pour se suicider. Même pas treize.
En revanche, les preuves sur l'impact des suicides fictifs à la TV ou au cinéma sont floues. Une méta-analyse de Pirkis et al. conclut qu'aucune déclaration ferme ne peut être faite sur l'effet des fictions télévisées ou cinématographiques sur les taux de suicide.
Une étude sur l'épisode de la série britannique EastEnders du 2 mars 1986, où une femme tente une overdose, a donné des résultats contradictoires sur les admissions aux urgences. Ainsi, l'effet des suicides fictifs reste incertain, contrairement aux cas réels de célébrités où l'effet copycat est avéré. Le public semble capable de distinguer fiction et réalité.
Il faut toutefois rester vigilant face aux effets Werther et Papageno. Une représentation fictive positive est rare, sauf si elle montre clairement les conséquences dévastatrices sur l'entourage ou si le suicide est dépeint comme horrible. Simplifier les causes du suicide en une ou treize raisons est problématique : la réalité est bien plus complexe.
En Belgique, pour des questions sur le suicide, appelez le 1813 (gratuit) ou visitez www.zelfmoord1813.be.
Aux Pays-Bas, contactez la ligne nationale de prévention du suicide 113 au 0900-0113 ou sur 113.nl.
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