Les troubles anxieux généralisés (TAG) sont plus fréquents dans les pays riches (5 %) que dans les pays à revenu intermédiaire (2,8 %) ou faible (1,6 %). Contrairement aux idées reçues, la richesse semble aggraver l'anxiété.
Comment expliquer ce paradoxe ? Selon le psychiatre, philosophe et neuroscientifique Damiaan Denys (Université d'Amsterdam), l'ennui joue un rôle clé. « Parce que nous avons du temps à perdre, nous commençons à nous inquiéter de choses dont nous n'avons pas du tout besoin d'avoir peur. Il n'y a pas de réel danger à ce stade. De plus, si vous avez beaucoup de biens de valeur, vous avez peur de les perdre. Cela explique pourquoi il y a plus de peur dans les pays riches. »
Dans les pays riches, les personnes aux statut socio-économique faible (par rapport à la moyenne nationale) sont les plus touchées. Cela s'explique par l'industrialisation et l'urbanisation, qui affaiblissent les liens familiaux et communautaires. La pression pour être indépendant, compétitif et prospère y est intense, générant du stress et augmentant le risque de TAG.
Les Pays-Bas (3,6 %) et la Belgique (2,8 %) affichent des taux inférieurs à la moyenne des pays riches (5 %). Pour Denys, cela reflète la nature vague du TAG : « Si vous interrogez dix psychiatres, ils auront probablement tous une description différente. » Souvent associé à la dépression (plus de 80 % des cas), ce diagnostic reste contestable.
Une étude internationale publiée dans JAMA Psychiatry (2020) a interrogé 147 000 adultes (18-99 ans) dans 26 pays, révélant une prévalence mondiale de 3,7 %. Ces résultats soulignent l'interdépendance entre richesse et anxiété, ouvrant la voie à de nouvelles recherches sur les causes et traitements.
Parce que nous avons du temps à perdre, nous commençons à nous inquiéter de choses dont nous n'avons pas du tout besoin d'avoir peur.Damiaan Denys
Si vous interrogez dix psychiatres sur le trouble anxieux, ils auront probablement tous une description différente.Damiaan Denys[]