Les personnes ayant souffert d'une dépression majeure présentent des cellules biologiquement plus âgées que celles de leurs pairs en bonne santé. Cette découverte pourrait expliquer l'augmentation du risque de maladies liées à l'âge après un épisode dépressif.

Les individus atteints de dépression sévère ont un risque accru de développer des pathologies comme le cancer, le diabète, la démence ou les maladies cardiovasculaires. Si le mode de vie – tabagisme, alcool, sédentarité – joue un rôle, des études antérieures ont démontré un impact direct de la dépression sur l'organisme.
Une recherche récente, menée par Josine Verhoeven du VU University Medical Center et ses collègues américains, analyse des échantillons de sang de plus de 2 400 personnes, avec ou sans antécédents dépressifs. Pour évaluer l'âge biologique des cellules, ils ont mesuré la longueur des télomères.
Les télomères, ces séquences protectrices à l'extrémité des chromosomes, s'usent à chaque division cellulaire sans affecter les gènes. Lorsque les télomères s'épuisent, la cellule s'endommage et meurt. Leur longueur reflète ainsi l'espérance de vie cellulaire.
Les résultats confirment les soupçons : les personnes dépressives ou ayant été déprimées ont des télomères plus courts, équivalant à un vieillissement cellulaire de 4 à 10 ans. L'effet est plus marqué en cas de dépression sévère et chronique, même après correction pour les facteurs de mode de vie comme le tabac ou l'alcool.
Publiée dans Molecular Psychiatry, l'étude lie ce raccourcissement à des perturbations biologiques de la dépression : dérégulation immunitaire, stress oxydatif accru et dysfonction du système nerveux autonome – tous associés à un usure télomérique accélérée.
Cette enquête à grande échelle apporte des preuves solides d'un vieillissement biologique accéléré lié à la dépression, surtout chez les cas graves et chroniques. Néanmoins, la causalité reste à établir : la dépression cause-t-elle ce phénomène, ou l'inverse ? Des études longitudinales sont nécessaires. Le processus est-il réversible ? La question demeure ouverte. (lg)