La sage-femme a proposé des gouttes homéopathiques pour soulager les coliques du bébé : « Elles fonctionnent souvent bien. » Nous avons refusé. L'homéopathie n'a aucune efficacité prouvée. Le Conseil consultatif des académies européennes des sciences (EASAC) l'a réaffirmé cette semaine, rejoignant une série d'institutions scientifiques. Aucune preuve ne démontre son efficacité contre une quelconque maladie. Cela s'explique par les dilutions extrêmes des remèdes, qui ne contiennent souvent plus aucune molécule active.
Malgré cela, les pharmaciens continuent de les vendre et les mutuelles de les rembourser. L'argument courant est : « Si ça n'aide pas, ça ne fait pas de mal. » Pourquoi ne pas être « ouvert » aux alternatives ? Si tant de personnes se sentent soulagées, où est le problème ? Cela dépend.
L'EASAC avertit que l'homéopathie devient dangereuse lorsqu'elle remplace des traitements conventionnels validés scientifiquement. Le vrai risque réside dans l'illusion d'efficacité. Comme l'explique le philosophe Maarten Boudry dans son ouvrage Illusions pour étudiants avancés, une croyance anodine peut vite virer au péril. Si l'on pense que des « molécules d'eau à mémoire » – contredisant les lois physiques – guérissent coliques, toux ou rhume, pourquoi ne pas les appliquer à des pathologies graves ?
Les homéopathes se divisent en deux catégories : ceux qui reconnaissent l'effet placebo et limitent les prescriptions à des maux bénins, et ceux qui y croient fermement, posant un risque réel.
En 2006, Sense About Science et la BBC ont testé dix homéopathes. Une jeune voyageuse partait en zone tropicale à risque de paludisme. Au lieu des antipaludiques classiques, tous lui ont prescrit de l'eau sucrée, la laissant sans protection.
L'an dernier, Eos a reproduit l'expérience auprès de huit homéopathes : cinq ont accepté de « traiter ». Quatre étaient des médecins conventionnels formés, dont un membre du conseil de l'Union Homeopathica Belgica. Les délires homéopathiques ne se limitent pas aux marginaux.
Nos enquêtes révèlent des praticiens potentiellement dangereux, sans en quantifier le nombre ni l'impact. Même rares, chaque victime est inacceptable.
Recherches sur l'homéopathie mènent vite à des sites complotistes, anti-médecine et antivaccins. Visitez le site de l'homéopathie pour la santé en Afrique, qui « traite » le sida en Tanzanie.
Ouvrir la porte à des thérapies irrationnelles mène à l'imprévisible, potentiellement l'hôpital.
L'appel de l'EASAC à dérembourser et étiqueter clairement les remèdes (eau pure) est justifié. Retirez-les des pharmacies. Cessez de légitimer une pseudoscience. L'homéopathie n'aide pas ; elle peut nuire.
Homéopathie dangereuse
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