Un enfant ne distingue pas spontanément les différences raciales, mais le silence des parents peut engendrer des préjugés. C'est une erreur, affirme Judi Mesman. « Les enfants remarquent que certaines personnes ont une apparence très différente de la leur. Si vous n'en parlez jamais en tant que parent, vous risquez de favoriser des stéréotypes. »
Comment mener une éducation antiraciste efficace ? Judi Mesman, autrice du livre Grandir en couleur (2020), répond lors d'un entretien vidéo. « Le contact avec d'autres groupes est essentiel », explique-t-elle. « Des centaines d'études valident l'hypothèse du contact : plus d'interactions entre groupes réduisent les préjugés. Connaître les gens humanise l'autre, dissipe l'inconnu et révèle la diversité des individus au sein d'un groupe. »
« Absolument, sans hésiter. Cela permet aux enfants de s'habituer dès le plus jeune âge à des personnes physiquement différentes. »
« Même là, les parents peuvent agir. Livres et films abordant la diversité sont précieux. La théorie du contact s'applique aussi aux médias : livres, films ou séries TV. »
« Préparez-le en visitant un quartier diversifié, ou via un livre/film. Dites : 'Il y a des gens qui ont l'air différents. On va bientôt en voir, ce sera amusant !' Pas de garantie, mais distrayez-le si besoin. Si la personne sourit, saisissez l'occasion : 'Regarde, ce monsieur a une peau bien différente de papa !' Cela peut mener à une interaction positive. »
« Il est clair que Zwarte Piet ne favorise pas une société multiculturelle harmonieuse. »
« Oui. L'idée que les enfants sont 'daltoniens' est fausse. Les bébés distinguent déjà les traits africains, est-asiatiques et européens. Sans contact, ils perçoivent moins les différences intra-groupe : tous les Chinois se ressemblent, comme les Européens pour eux. Dès 5-6 ans, une préférence pour 'les semblables' émerge. À cet âge, face à des images inconnues, ils associent traits ethniques à des jugements (gentil/méchant). »
« Si vous éduquez aux valeurs antiracistes, évitez Zwarte Piet dans livres, chansons et arrivées. Les schminkages au suie ? À débattre. Mais Zwarte Piet entrave une société multiculturelle pacifique. »
« C'est délicat. Expliquez que le mal existe sans susciter la peur. Partagez vos expériences pour le préparer, et assurez-lui qu'il peut toujours compter sur vous. »
« Sans contact avec d'autres groupes, les bébés perçoivent moins les différences individuelles au sein de ce groupe. »
« Oui, dans mon village blanc, on m'insultait. Mais chez moi, on cultivait la fierté de notre héritage. Je ne me suis jamais sentie inférieure. Les parents peuvent renforcer cette résilience. »
« Je n'aime pas trop le terme, mais il désigne des remarques anodines qui insinuent une infériorité : 'Tu parles bien néerlandais' sous-entend la surprise pour une peau brune. Ou 'teint de peau' pour ce crayon rose. Chez nous, les enfants rétorquent : 'Quelle couleur de peau ?' Lisez pour sensibiliser, observez, discutez-en avec vos enfants. »
« Nos études sur livres d'images diversifiés montrent : parents taisant les couleurs de peau génèrent plus de préjugés chez leurs enfants. Nommez tout : 'Balle rouge, robe bleue... peau brune !' Ignorer la peau la rend taboue, comme effrayante. Et comment aborder discrimination sans nommer les différences ? »
« Racisme et couleur : sujets ardus, mais parlez-en. Évitez le tabou familial. »
« Absolument ! »
Judi Mesman est professeure d'études interdisciplinaires des défis sociétaux à l'Université de Leiden et doyenne du Leiden University College à La Haye. Elle étudie comment enfants et adultes se perçoivent mutuellement.
Écoutez aussi sa série de podcasts sur la parentalité (épisode 4 : éviter la pensée en cases). Disponible via 'Request it' sur apps podcasts ou cette page.
[]