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Les écrans sont-ils bons pour les enfants ? L'experte Patti Valkenburg répond

Les jeunes passent en moyenne six heures par jour devant un écran, qu'il s'agisse d'un ordinateur, d'une tablette ou d'un smartphone. Comment gérer cela en tant que parent ? Psyché & Cerveau a interrogé Patti Valkenburg, pédagogue et scientifique en communication à l'Université d'Amsterdam. Fin 2014, elle a publié le livre Escrime jeunesse.

Les écrans sont-ils bons pour les enfants ? L experte Patti Valkenburg répond

Pourquoi les jeunes passent-ils autant de temps devant un écran ?

"Chez les adolescents, c'est principalement lié aux réseaux sociaux. Chez les plus jeunes, ces derniers ne jouent pas encore un rôle majeur. Pourtant, les enfants de 5 à 8 ans passent déjà deux heures par jour devant un écran, ce qui est considérable par rapport aux générations précédentes. On pourrait y voir un problème, mais les enfants imitent largement les adultes, ce qui explique en grande partie cette fréquence."

"Ce qui a radicalement changé, c'est que la technologie de communication est devenue très proche de notre corps, rendant la tentation irrésistible. Autrefois confinée au bureau, elle est aujourd'hui dans notre poche : le smartphone bipe et vibre constamment, attirant notre attention. Tout adulte le reconnaîttra."

Les éducateurs s'inquiètent souvent de cette utilisation intensive des écrans. Ont-ils raison ?

"Les médias mettent l'accent sur les aspects négatifs, ce qui déforme la réalité – une bonne nouvelle n'est pas une nouvelle. Les recherches récentes montrent que, pour la plupart des enfants, l'utilisation des écrans a des effets positifs, et non négatifs pour une petite minorité. Cette minorité concerne surtout des enfants à la personnalité spécifique : faible maîtrise de soi, sensibilité à la compulsivité ou intérêt excessif pour la violence."

"L'environnement est crucial. Les effets des médias ne surgissent pas dans le vide ; il faut un terrain fertile. Les parents peuvent influencer activement chez les jeunes enfants en limitant le temps d'écran ou en évitant l'exposition à la violence médiatique. Si la violence est normalisée à la maison ou parmi les amis, les contenus violents impactent plus fortement."

Dans votre livre, vous indiquez que 46 % des garçons et 18 % des filles de 13-14 ans ont cherché délibérément du contenu sexuel ou pornographique en ligne. Un sujet d'inquiétude pour les parents ?

"La curiosité sexuelle des adolescents est naturelle. Avant, c'étaient des livres ; aujourd'hui, Internet rend l'accès facile et abondant, y compris à du contenu extrême. La plupart savent que la pornographie est irréaliste, mais pas tous. Dans un monde où l'extrême est accessible, les parents doivent préparer leurs enfants dès le plus jeune âge. Même les 6-7 ans cherchent parfois des images explicites ou tombent dessus par accident. Une relation ouverte est idéale pour en discuter. L'éducation aux médias doit être bidirectionnelle."

"Des règles claires s'imposent sur ce qui est permis. Les parents doivent les respecter. On parle aujourd'hui d'un style parental autoritaire : les enfants ont plus de responsabilités qu'il y a 50 ans, où les parents protégeaient plus strictement contre sexe, mort ou maladie. Aujourd'hui, éviter ces sujets est impossible, rendant la parentalité plus ardue sans soutien sociétal."

L'essence de la parentalité n'est-elle pas de lâcher prise ?

"Elle s'adapte au stade de développement de l'enfant. Lâcher prise au bon moment, mais pendant la préadolescence, poser des limites avec amour, stimulation et respect mutuel stimule la responsabilisation."

La dépendance aux jeux va-t-elle augmenter ?

"Le pourcentage d'addicts reste faible et ne devrait pas croître beaucoup. En absolu, des dizaines de milliers de jeunes en souffrent : échecs scolaires, problèmes psychologiques. C'est sérieux. Mais pour beaucoup, les jeux sont bénéfiques cognitivement : multitâche, coordination œil-main, résolution de problèmes – compétences testées en QI. Attention toutefois aux risques : mauvaise posture, sédentarité, obésité. Jouer oui, modérément."

L'intégralité de l'interview avec Patti Valkenburg à lire dans le nouveau numéro de Psyché & Cerveau.


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