Même si nous croyons articuler mieux, nous parlons en réalité moins clairement aux bébés qu'aux adultes.

Bien que nous pensions articuler plus distinctement, les mères parlent moins clairement à leurs bébés qu'aux adultes.
"Allons-nous faire dodo ? Dites dada avec vos mains, oui, nous allons dire dada." Les parents adoptent souvent un langage spécifique avec leurs jeunes enfants : le fameux "langage bébé" ou prosodie affective. Il inclut des mots mignons, un ton doux et lent, et une articulation exagérée. Nous pensons ainsi faciliter la compréhension et accélérer l'apprentissage du langage. Par exemple, en ouvrant grand la bouche pour un "a", l'enfant distinguerait mieux ce son d'un "o". Pourtant, une étude franco-japonaise montre que les mères parlent moins clairement à leurs enfants qu'aux adultes.
Des chercheurs de l'Institut des sciences du cerveau RIKEN à Tokyo ont enregistré 22 mères japonaises en interaction avec leurs enfants âgés de 18 à 24 mois. Pour comparaison, ils ont aussi capturé des monologues des mères. L'analyse, menée sur 14 heures d'enregistrements et nécessitant cinq ans de travail, a utilisé un logiciel pour mesurer les similarités acoustiques entre syllabes (comme "ba" et "pa").
Les résultats surprennent : les similarités acoustiques sont plus élevées dans le langage bébé que dans celui adressé aux adultes. Les mères articulent donc moins nettement avec leurs enfants. Pas besoin de forcer la "parenthèse" pour aider bébé à comprendre ! Les raisons restent floues : les parents se concentrent peut-être trop sur les émotions ou l'attention, négligeant involontairement la clarté. Des études futures vérifieront si cela s'applique hors Japon. Publiée en 2020 dans Psychological Science (lg).
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