Pourquoi les enfants acquièrent-ils une nouvelle langue bien plus facilement que les adultes ? Éléonore Smalle, chercheuse postdoctorale à l'Université de Gand, apporte une explication scientifique : les enfants réfléchissent moins et apprennent principalement de façon inconsciente.
Les enfants maîtrisent les langues plus aisément car leur cerveau n'est pas encore pleinement développé, ce qui favorise un apprentissage subconsciously. C'est ce que révèlent les travaux d'Éléonore Smalle. Le cortex préfrontal, situé à l'avant du cerveau et responsable de fonctions comme la planification, l'attention et la prise de décision, joue un rôle clé. « Cette région permet un apprentissage conscient, où l'on absorbe les informations avec attention et réflexion, par exemple en répétant des mots par cœur avant un examen », explique Smalle. L'apprentissage subconscient, plus accessible aux enfants, se produit sans effort conscient, comme lorsque l'on regarde une série dans une langue étrangère.
Dans son étude, Smalle a soumis 36 adultes à un documentaire sur la nature accompagné d'une langue artificielle. Chez la moitié des participants, le cortex préfrontal a été inhibé par une Theta Burst Stimulation (TBS), une technique utilisant des impulsions magnétiques. L'autre moitié formait le groupe témoin. L'activité cérébrale a été mesurée via électroencéphalogramme (EEG).
Smalle et ses collègues ont observé, via l'activité cérébrale, que les participants ayant reçu la TBS distinguaient plus vite les mots nouveaux. « Lors d'une première écoute d'une langue inconnue, tout ressemble à une bouillie sonore, sans frontières claires entre les mots », précise Smalle. « Avec le temps, on apprend à les séparer et à repérer les espaces. » L'activité cérébrale des participants TBS montrait un pic précoce lors de l'écoute de mots inventés, signe d'une reconnaissance accélérée.
« L'apprentissage inconscient pourrait être le seul mécanisme actif chez les jeunes enfants. » Éléonore Smalle, Université de Gand
L'étude a aussi révélé que ces participants se souvenaient de plus de mots par la suite, sans en avoir conscience. « Cela confirme un apprentissage inconscient », note Smalle. Le groupe témoin se rappelait moins de mots mais était plus confiant. Dans une seconde expérience, 60 autres participants, mentalement fatigués par des tâches de mémoire, ont eux aussi mémorisé plus de mots, apprenant ainsi de manière inconsciente.
Le mécanisme exact par lequel le cortex préfrontal bloque l'apprentissage inconscient reste à élucider, selon Smalle. « Ces deux modes pourraient être incompatibles en raison d'une surcharge énergétique. Chez les enfants, avec un cortex préfrontal immature, l'apprentissage inconscient domine, peut-être exclusivement à un jeune âge. Il mûrit avec l'âge, favorisant l'apprentissage conscient. »
Pour les adultes voulant apprendre une langue, Smalle conseille l'immersion : « Partez en voyage dans le pays, écoutez la radio ou regardez des séries dans cette langue. »