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Prolonger une vie saine et plus longue : la metformine sous la loupe des chercheurs de la KU Leuven

Les scientifiques explorent depuis des années des substances capables non seulement d'allonger la durée de vie, mais aussi de préserver une bonne santé plus longtemps. Wouter De Haes, chercheur à la KU Leuven, étudie si la metformine, le médicament antidiabétique le plus prescrit au monde, pourrait être une piste prometteuse.

Prolonger une vie saine et plus longue : la metformine sous la loupe des chercheurs de la KU Leuven

Plusieurs études ont révélé que les patients diabétiques de type 2 sous metformine – prescrite 120 millions de fois par an dans le monde – réduisaient aussi leur risque de certains cancers et maladies cardiovasculaires. Cette observation suggère un potentiel plus large pour ce médicament comme promoteur de santé générale.

Des expériences sur des vers et des souris traités à la metformine ont montré une espérance de vie nettement prolongée par rapport aux groupes témoins. Wouter De Haes a choisi le ver rond Caenorhabditis elegans, modèle idéal pour l'étude du vieillissement : génétiquement proche de l'humain et à cycle de vie court (trois semaines).

Raide et immobile

Les vers sous metformine vivaient en moyenne quatre semaines au lieu de trois et restaient en meilleure santé plus longtemps. « Comme chez l'humain, les vers âgés rétrécissent, se fripent et perdent en activité », explique De Haes. « À deux semaines, les témoins étaient ratatinés et peu mobiles, tandis que les traités restaient robustes, lisses et actifs plus longtemps. Ils vivaient plus longtemps et en meilleure santé. »

Pour élucider ces effets, De Haes a analysé des coupes de vers âgés au microscope électronique. « La cuticule, couche externe de la peau, était ridée et déstructurée chez les témoins, mais lisse chez les traités. »

À l'échelle moléculaire, il a scruté les mitochondries, ces « usines énergétiques » cellulaires générant de l'électricité, parfois sous forme de radicaux d'oxygène nocifs endommageant protéines et ADN – souvent incriminés dans le vieillissement.

Surprise : sous metformine, les mitochondries produisaient plus de ces radicaux, via les peroxirédoxines (protéines présentes aussi chez l'homme). Cette découverte cible prometteuse explique la longévité accrue. Ajouter des antioxydants annulait les bénéfices, contredisant l'idée d'antioxydants panacée.

Les antioxydants, vantés par l'industrie alimentaire et cosmétique (vin rouge, chocolat noir, crèmes), ne sont pas toujours bénéfiques. Des études, dont celle-ci, montrent que des excès accélèrent même certains cancers chez la souris.

« Les vitamines antioxydantes sont essentielles, mais une alimentation équilibrée suffit. Des suppléments à 200 % des apports recommandés n'ont aucun sens », tempère De Haes.

Un remède miracle ?

De nombreux stress modérés (jeûne, exercice) activent des mécanismes protecteurs cellulaires. La metformine semble agir ainsi, comme une restriction calorique.

« Prometteuse, mais pas prouvée chez l'homme », prévient De Haes. Déjà, certains en bonne santé s'auto-médiquent, risquant des effets secondaires graves : acidose lactique (surtout rénaux), troubles digestifs, carence en B12.

Les effets varient selon l'environnement (nutrition). De Haes plaide pour cibler le vieillissement lui-même, plutôt que ses maladies (cancer, Alzheimer). Mais éthiquement, tester sur seniors sains pose question.


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