Au lendemain des vacances et avec la Tournée Minérale qui approche, il est temps de s'interroger sur les effets de l'alcool sur notre cerveau.



Une étude récente menée en Finlande, dans le Grand Nord, a combiné plusieurs méthodes scientifiques pour démontrer qu'une consommation élevée d'alcool altère à la fois l'excitabilité corticale du cerveau et sa connectivité fonctionnelle dans la matière grise.
Nous savons tous que l'alcool nuit au foie et au cœur. Son impact néfaste sur le cerveau est documenté depuis 1880, grâce aux travaux de Korsakov et Wernicke. Mais un verre de plus ou de moins change-t-il vraiment la donne ? Une consommation modérée semble inoffensive, pourtant une forte consommation prolongée ? Dans une époque où le binge drinking est ancré dans la culture jeune, explorer ses effets sur le cerveau est crucial.
Des chercheurs de l'Université de Finlande orientale ont lancé une étude sur les adolescents et l'alcool, focalisée sur ceux qui consomment beaucoup sur le long terme, sans pour autant répondre aux critères de l'alcoolisme.
Ils ont utilisé une combinaison de stimulation magnétique transcrânienne (TMS), qui active des zones précises du cerveau, et d'électroencéphalographie (EEG), qui enregistre les potentiels cérébraux via des électrodes. Ensemble (Figure 2), ces techniques mesurent l'excitabilité et la connectivité, comme les potentiels évoqués par TMS (TEP).
En stimulant diverses régions via TMS, les chercheurs identifient les zones affectées. Cette approche révèle aussi indirectement les transferts chimiques, notamment le GABA (acide gamma-aminobutyrique), un neurotransmetteur clé. Des études antérieures montrent que la consommation chronique d'alcool, même modérée, perturbe l'équilibre GABA, favorisant la dépendance et modifiant l'excitabilité cérébrale, observable par TMS.
Cinquante-deux adolescents ont participé : 27 « gros buveurs » et 25 « buveurs légers ou abstinents ». Leur consommation a été suivie sur 10 ans via questionnaires à trois moments : 13-18 ans, 19-24 ans, et 23-29 ans.
Les « gros buveurs » consistent systématiquement, permettant une comparaison fiable via TMS-EEG.
Figure 3 (en bas) : TEP dans la région frontale. Amplitude plus élevée chez les gros buveurs (ligne rouge) vs abstinents (ligne bleue). (Source : Kaarre et al., Addiction Biology, 2016.)
Les résultats indiquent des potentiels plus élevés chez les gros buveurs (Figure 3), avec une activité GABA accrue. Cela prouve que la consommation prolongée altère l'excitabilité et la connectivité cérébrale, même sans alcoolisme diagnostiqué. Chez les adolescents, dont le cerveau se développe encore, cela questionne les critères d'abus. L'étude ne tranche pas la causalité : ces altérations causent-elles le binge drinking, ou l'inverse ? Des recherches futures le préciseront.
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Santé ! Un toast à l'eau fait aussi l'affaire !
*Le syndrome de Korsakov, nommé d'après lui, est une atteinte permanente de la mémoire due à une carence en vitamine B1, souvent liée à l'alcoolisme chronique.