Un projet scolaire danois impliquant le Wi-Fi et le cresson a récemment été présenté comme une preuve des effets nocifs du rayonnement Wi-Fi. Pourtant, les connaissances scientifiques sur ce sujet restent limitées. De tels rapports peuvent même aggraver les peurs plus que les rayonnements eux-mêmes.

Une expérience scolaire qui fait le buzz mondial
Cette histoire ressemble à un conte : six élèves ambitieux et leur professeur de biologie d'un lycée danois mènent une expérience en classe qui devient virale. Ils divisent 400 graines de cresson en 12 plateaux : six exposés au Wi-Fi, six dans une pièce sans. Conditions identiques (température, lumière, eau). Après 12 jours, le cresson irradié pousse moins bien, certaines graines meurent.
Quelles implications pour notre santé dans un monde saturé de Wi-Fi ? Aucune conclusion définitive. C'est une activité pédagogique primée, pas une étude scientifique rigoureuse. Relayée par le média national danois, elle a conquis le monde comme "preuve" des dangers du Wi-Fi.

Les failles de l'expérience pointées du doigt
Le journaliste scientifique norvégien Gunnar Tjomlid a rapidement critiqué l'expérience : ordinateurs portables près des plants dans la salle Wi-Fi (impact thermique possible), arrêt prématuré au jour 13 ("résultat clair"), biais d'observation (élèves connaissaient les groupes), et omission d'une première expérience sans effet notable.
Restent peu de choses solides de ce projet scolaire.
Une publication isolée ne suffit pas
Même un résultat similaire en laboratoire ne suffirait pas. "Les études isolées ne signifient rien. Seules les méta-analyses comptent", explique Maurits De Ridder, expert en santé publique à l'Université de Gand (Eos, février 2011). Ces analyses évaluent la qualité des études et corrigent les biais. Le reste ? Du sensationnalisme.
Les médias privilégient les études liant ondes et santé, ignorant les limites et méta-analyses négatives.
Tout le monde a un peu raison
Les ondes radio ne sont pas jugées totalement inoffensives. La technologie est jeune ; études limitées à 10 ans d'exposition. "Pas de lien avec gliomes ? Ça ne dit rien sur >10 ans", note De Ridder. Les effets biologiques labo rendent un lien improbable.
Stefaan Van Gool (UCLouvain) prône la prudence : effets biologiques possibles, principe de précaution comme pour le bisphénol A.
L'effet nocebo en cause
Ces rapports alarmistes illustrent l'effet nocebo. Une étude du King's College London (2010) montre : après un reportage négatif sur le Wi-Fi, sujets rapportent maux de tête, etc., même sans exposition réelle. Les attentes influencent les symptômes perçus.
(ddc, kv)
Manipuler des études pour les nuls
Les anti-ondes accusent l'industrie télécoms de truquer les recherches (comme tabac/asbeste). Des Suisses notent : études financées par l'industrie montrent moins d'effets. Mais De Ridder : souvent plus rigoureuses. Biais possibles des deux côtés (exposition mal évaluée, questions suggestives). Mauvaises études partout ; méta-analyses pour trancher.
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