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Le mythe de l'odorat humain faible : une idée reçue démontée par la science

Contrairement aux idées reçues, notre sens olfactif est bien plus développé que nous ne le pensons. À bien des égards, il rivalise avec celui des chiens et des rats.

Le mythe de l odorat humain faible : une idée reçue démontée par la science

L'idée que l'odorat humain est nettement inférieur à celui des autres mammifères repose sur des bases scientifiques fragiles. C'est la conclusion d'une étude publiée dans la revue Science. Le neuroscientifique John McGann, de l'Université Rutgers-New Brunswick, a examiné la littérature scientifique pour retracer l'origine de cette idée fausse.

Au XIXe siècle, l'anthropologue et chirurgien Paul Broca posa les fondements de cette croyance. Il observa que le bulbe olfactif humain, responsable de la perception des odeurs, est relativement plus petit chez l'homme que chez d'autres mammifères, et y vit un lien avec la raison et le libre arbitre – absents chez les animaux guidés par les odeurs.

Cependant, selon McGann, la taille du bulbe olfactif importe peu. Peu de preuves montrent qu'un bulbe plus volumineux améliore systématiquement l'odorat. « En réalité, notre bulbe olfactif est assez grand et contient un nombre de neurones comparable à celui des autres mammifères », explique-t-il. En termes de surface recouverte de cellules olfactives dans le nez, les humains atteignent 5 cm², entre celle des souris (1,4 cm²) et des rats (6,9 cm²).

Notre odorat est performant, mais son évaluation dépend des critères. « Les chiens distinguent mieux les traces d'urine sur un lampadaire, tandis que les humains reconnaissent les arômes complexes des vins. Testé correctement, notre odorat est très sensible à une large gamme d'odeurs », précise McGann. Par « testé correctement », il entend avec des odeurs pertinentes pour les primates. Un écueil fréquent est de comparer les espèces sur une seule substance, alors que chacune excelle sur d'autres odeurs.

Les humains surpassent les rats

Dans une étude récente évaluant la sensibilité des rats, singes et humains à six odeurs, les humains ont surpassé les rats sur deux d'entre elles. Des recherches antérieures montrent que les humains, chiens et lapins sont équivalents pour l'odeur de banane, et que les humains sont plus sensibles que les souris à un composant de l'odeur du sang humain.

En 2007, des scientifiques ont démontré que des étudiants pouvaient suivre une piste olfactive au chocolat dans un champ herbeux, les yeux bandés, avec des écouteurs et des gants épais. Bien que moins rapides qu'un chien, leurs performances s'améliorèrent après entraînement, signe que notre nez a un potentiel sous-exploité.

McGann cite aussi des études sur le rôle des odeurs dans les interactions sociales. Chacun émet une signature olfactive inconsciente, parfois utilisée pour évaluer la compatibilité génétique d'un partenaire potentiel.

« Chaque espèce excelle dans ses domaines », résume McGann. « L'idée que notre odorat est médiocre est tout simplement erronée. »


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