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Comment la pilule contraceptive impacte-t-elle le cerveau, les émotions et le comportement ?

La pilule contraceptive protège efficacement contre la grossesse, mais quel est son effet sur le cerveau, les émotions et le comportement social ? Si les recherches sur les effets physiques sont nombreuses, celles sur les impacts psychologiques restent rares, bien que l'intérêt grandisse.

Utilisée pour réguler les règles, traiter l'acné ou prévenir la grossesse, la pilule est l'un des médicaments les plus étudiés depuis ses débuts il y a près de 60 ans. Les risques physiques, comme une légère augmentation du risque de thrombose ou d'AVC, sont bien documentés et rares. En revanche, les effets psychologiques, plus courants, demeurent peu explorés malgré son utilisation par plus de 100 millions de femmes dans le monde. Les neuroscientifiques s'y intéressent désormais.

Pic et creux hormonaux

La plupart des pilules combinées contiennent des versions synthétiques de la progestérone et de l'œstradiol. Dans un cycle naturel, ces hormones fluctuent : faibles en début de cycle, l'œstradiol culmine à l'ovulation avant de chuter, puis la progestérone augmente, pour revenir à zéro avec les règles.

La pilule supprime la production endogène de ces hormones, maintenant des niveaux constants et bas. Cela empêche l'ovulation et la grossesse.

Comment la pilule contraceptive impacte-t-elle le cerveau, les émotions et le comportement ?

Sautes d'humeur et équilibre hormonal

L'équilibre hormonal des utilisatrices diffère radicalement de celui des femmes au cycle naturel. Cela influence-t-il la libido ou les préférences en matière de partenaires ? Les mécanismes cérébraux restent mal compris.

« Pendant le développement de la pilule, les effets secondaires n'ont pas été révélés. L'effet recherché, la prévention de la grossesse, était un trop grand bond en avant dans la vie des femmes. » Frank Broekmans, gynécologue et professeur de médecine reproductive (UMC Utrecht)

Certaines femmes rapportent irritabilité, anxiété ou dépression prémenstruelle liée aux chutes hormonales. La pilule atténue ces fluctuations, soulageant souvent les sautes d'humeur, mais aggravant les symptômes chez d'autres.

« Nous savons depuis longtemps que les hormones, surtout la progestérone, influencent l'humeur », explique Frank Broekmans. « Certaines femmes disent qu'arrêtant la pilule, 'un rideau se lève' et elles se sentent moins déprimées. » Selon lui, le stérilet hormonal perturbe moins le cycle (40 % des femmes ovulent encore).

Maîtriser les peurs et émotions

La bio-psychologue Estrella Montoya (Université d'Utrecht) étudie l'impact de la pilule sur l'humeur et la dépression. Les études comparent souvent phases du cycle ou groupes sous/sans pilule, via IRMf, EEG ou tests émotionnels.

« Il est presque certain que la pilule agit sur le cerveau, dans des zones clés pour l'humeur, l'anxiété et le plaisir. » Estrella Montoya (UU)

L'œstradiol booste la sérotonine (bien-être) ; sous pilule, sa production baisse, potentiellement réduisant bonheur, activité du cortex préfrontal et de l'amygdale (contrôle des peurs). La testostérone diminue aussi, atténuant le réseau de récompense et le plaisir.

Reconnaissance des émotions

Une étude allemande (2019) montre que les femmes sous pilule peinent plus à identifier des émotions subtiles (sérieux, impatience), surtout négatives (63 % vs 68 % de succès). Les effets sont subtils et varient individuellement.

Pas si dramatique

Le livre de Sarah Hill, Comment la pilule change tout, popularise le sujet, soulignant un angle mort historique dû à des tabous sociétaux.

Montoya tempère : les changements ne transforment pas radicalement la personnalité ni ne causent systématiquement une grave dépression.

Choix du partenaire

Arrêter la pilule peut réduire la satisfaction conjugale chez celles avec un partenaire peu attirant. Les hormones influencent plus la libido que les préférences.

Comment la pilule contraceptive impacte-t-elle le cerveau, les émotions et le comportement ?

Lien avec la dépression ?

Les études associent pilule et dépression, mais sans causalité claire. Montoya suit des jeunes femmes débutant la pilule pour explorer sensibilité à la récompense et à la peur.

« Ne pas effrayer : tout le monde ne réagit pas pareil, et les preuves causales manquent encore. »

Alternatives et tendances

La pilule perturbe profondément l'équilibre hormonal. Les pharma priorisent les méthodes locales (stérilet). Aux Pays-Bas, son usage décline chez les 20-30 ans (#pilmo), vers plus de naturel.

« Il s'agit de donner aux femmes les moyens de prendre des décisions plus réfléchies. » Estrella Montoya (UU)

Recherches futures évalueront impacts long terme sur empathie, cerveau adolescent, réversibilité.

Les experts ne déconseillent pas la pilule : ses bénéfices l'emportent souvent.

Sources :

  • Estrella R. Montoya et Peter A. Bos, Comment les contraceptifs oraux impactent le comportement socio-émotionnel et la fonction cérébrale, Trends in Cognitive Sciences, 1er février 2017. DOI : 10.1016/j.tics.2016.11.005
  • Belinda A. Pletzer et Hubert H. Kerschbaum, 50 ans de contraception hormonale : temps de découvrir ses effets sur le cerveau, Frontiers in Neuroscience, 21 août 2014. DOI : 10.3389/fnins.2014.00256
  • Rike Pahnke et al., Les contraceptifs oraux altèrent la reconnaissance des émotions complexes, Frontiers in Neuroscience, 11 février 2019. DOI : 10.3389/fnins.2018.01041
  • Michelle Russell et al., Association entre arrêt des contraceptifs hormonaux et satisfaction conjugale, PNAS, 2 décembre 2014. DOI : 10.1073/pnas.1414784111
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