Les politologues estiment que les électeurs comparent rationnellement les programmes des partis. Mais sommes-nous vraiment si rationnels ? Les psychologues démontrent que l'apparence des candidats et même l'emplacement du bureau de vote influencent nos décisions.
Face à la profusion de tests électoraux et de sondages basés sur des opinions réfléchies, le vote est aussi guidé par des intuitions spontanées envers les politiciens et partis.
"Voter est un jeu d'enfant", affirment les psychologues de l'Université de Lucerne, John Antonakis et Olaf Dalgas. Leur étude de 2009 révèle que des enfants d'école primaire prédisent les résultats électoraux à partir de photos de candidats. Sur 684 portraits des élections législatives françaises de 2002, des adultes ont identifié les gagnants avec 72 % de précision. Dans une seconde phase, 160 adultes et 681 enfants (5-13 ans) ont choisi un "capitaine" virtuel parmi ces photos : les vainqueurs réels étaient favorisés. Conclusion : adultes et enfants jugent sur les mêmes traits physiques.
« Les électeurs sont souvent guidés par les apparences superficielles des politiciens. Et même l'endroit où se trouve l'urne joue un rôle. »
Décision en millisecondes
Le psychologue Todorov a mesuré la vitesse de ces jugements : dès 33 millisecondes, un avis se forme ; à 167 ms, il est figé, reflétant la perception de fiabilité.
En 2010, Kyle Mattes (Université de l'Iowa) confirme avec des photos d'élections sénatoriales US : après 33 ms, les sujets choisissent massivement les gagnants. Les candidats perçus comme menaçants perdent dans 65 % des cas ; l'attractivité excessive nuit si couplée à une incompétence apparente.
Ces résultats contredisent les analyses classiques des politologues, focalisées sur partis et origines socio-économiques. Peter Hatemi (Université de l'Iowa, 2008) montre via 14 000 jumeaux que l'affiliation partisane dépend surtout de l'éducation parentale, avec une composante génétique pour l'intensité.
Douglas Oxley (Université du Nebraska, 2008) lie convictions politiques à des réactions physiologiques : conservateurs réagissent plus fort aux menaces, favorisant armée forte et répression.
Dégoût conservateur
John Terrizzi (Université de Virginie, 2010) associe conservatisme à une sensibilité accrue au dégoût, amplifiant l'opposition au mariage gay chez ceux exposés à des images répugnantes.
« Les conservateurs réagissent avec plus de crainte aux menaces potentielles. »
Dana Carney (Université de Columbia, 2008) confirme : conservateurs évitent nouveautés, sont plus ordonnés (observé dans habitats).
Même l'environnement influence
Abraham Rutchick (Université de Californie) montre que voter en église favorise conservateurs (élections governors 2004 US). L'environnement active associations (chrétiennes en église). Expérience 2010 : jugements plus sévères sur avortement en église.
En Europe, bureaux variés (écoles, bars) pourraient expliquer disparités locales.
UGent mesure les sentiments spontanés
Pour les élections du 25 mai, l'Université de Gand teste via web des réactions rapides à mots/images partisanes, corrélant avec votes régionaux (ex. N-VA Anvers vs Gand). Objectif : valider outils prédictifs complémentaires aux sondages rationnels.
Article initialement publié dans Eos Psyche&Brain, n°1, 2011.
[]