Les souris mâles non accouplées depuis deux mois attaquent tout nouveau-né croisé sur leur chemin. Une expérience sexuelle bouleverse radicalement leur comportement : elles deviennent des pères aimants et protecteurs.

Ce virage comportemental s'opère dans une région spécifique de l'hypothalamus, comme l'ont démontré Catherine Dulac, de l'Université de Harvard, et son équipe. Un capteur olfactif nasal dédié détecte l'odeur des petits et active ces neurones.
Chez les souris mâles et femelles manifestant un comportement parental nourricier, ces neurones hypothalamiques sont hautement actifs. Chez les mâles « vierges », leur activité est bien moindre. La transmission du signal olfactif inhibe l'agressivité et favorise les soins, selon les chercheurs. En bloquant génétiquement ce signal, l'agressivité envers les jeunes diminue nettement.
Pour explorer précisément ces neurones, les scientifiques ont créé des souris où ces cellules meurent spontanément, entraînant un déficit de soins parentaux chez mâles et femelles. À l'inverse, stimuler ces neurones par la lumière chez des mâles « vierges » stoppe leurs attaques et les transforme en pères attentionnés.
Publiée dans Nature, cette étude révèle que l'accouplement désactive les circuits d'agressivité infanticide et active ceux des soins parentaux. Ce phénomène, courant dans le règne animal (comme chez les lions), maximise les chances reproductives : tuer les petits rend la mère fertile plus tôt. Chez les souris, l'agressivité resurgit 50 jours post-accouplement, coïncidant avec la naissance et le sevrage de leur propre progéniture. (lg)
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