Diverses études démontrent que les gènes, hormones et neurotransmetteurs influencent l'engagement politique et la position sur l'échiquier idéologique.

Dans une célèbre publicité électorale de 2012, Barack Obama apparaît devant une foule enthousiaste. L'image vire au noir, des sons mineurs retentissent, et des mots comme « peur et horreur » ou « dégoutant » défilent, entrecoupés de plaintes sur la manipulation des électeurs. L'affiche iconique « ESPOIR » de 2008 se mue en « PEUR » avant de s'enflammer. Ce spot de l'organisation conservatrice « Carrefour américain » incarne le ton des élections 2012, omniprésent dans les médias et sur YouTube. Les deux camps ont multiplié ces films d'épouvante pour susciter peur, colère ou dégoût.
« Les gènes, hormones et neurotransmetteurs contribuent à façonner la façon dont les gens pensent aux questions politiques telles que l'État-providence, le mariage homosexuel et les missions militaires. »
Cette stratégie s'aligne sur les avancées scientifiques en formation des opinions politiques. Longtemps, les politologues attribuaient celles-ci aux facteurs sociaux – parents, milieu. « Nous savons maintenant que ce n'est qu'une partie de l'histoire », affirme John Jost, psychologue à l'université de New York.
De plus en plus d'études révèlent l'influence biologique sur les convictions et l'engagement politique. Gènes, hormones et neurotransmetteurs modèlent les vues sur l'État-providence, l'immigration, le mariage homosexuel ou les interventions militaires. Les politiciens avisés activent ces « leviers » biologiques pour toucher les électeurs au ventre.
Depuis une décennie, les sciences politiques intègrent la génétique. Précédemment, elle était étudiée pour schizophrénie, dépression, alcoolisme, orientation sexuelle ou réussite scolaire, mais pas la politique, vue comme trop récente dans l'évolution humaine.
En 1986, le généticien Nicholas Martin, aujourd'hui à l'Institut de recherche médicale du Queensland à Brisbane, a pionnier en comparant jumeaux identiques (génétiquement identiques) et fraternels (50 % partagé), du même sexe. Résultat : les jumeaux identiques ont des opinions politiques plus similaires, attribuables aux gènes une fois l'environnement contrôlé.
Cachée dans un tiroir
Les travaux de Martin ont marqué les sciences politiques, mais ignorés par les politologues, traumatisés par l'eugénisme et le nazisme. « La publication a été un anticlimax. L'article est resté non lu vingt ans », se souvient-il.
En 2012, l'équipe de Hibbing a soumis des sujets à des photos émotionnelles : araignée sur un visage, asticots dans une plaie versus lapin mignon ou enfant souriant.
Autour de 2000, John Hibbing (université du Nebraska) et John Alford (Rice) redécouvrent Martin, réanalysent ses données avec une étude américaine sur jumeaux. En 2005, ils confirment le lien gènes-opinions politiques, attirant enfin l'attention – mais avec scepticisme : « Ils nous ont pris pour des fous ! »
James Fowler (UC San Diego, 2008) montre via jumeaux que gènes influencent engagement et vote. Peter Hatemi (Pennsylvanie) confirme sur échantillons australiens, danois, suédois, américains.
Critique des études jumelles
Les études jumelles ont des limites : influences environnementales non exclues (amis communs, traitements identiques). Kevin Smith (Nebraska, 2011) note similitudes chez jumeaux identiques peu ensemble. Mais scepticisme persiste : « Doute sur l'étendue génétique via jumeaux », dit Laura Stoker (UC Berkeley).
Elles n'identifient pas comment l'ADN oriente gauche/droite. Recherche de gènes candidats : odorat, glutamate, dopamine, sérotonine influencent opinions et vote. Critiques (Jeremy Freese, Northwestern) sur reproductibilité et publication hors revues scientifiques.
Christopher Dawes (NYU) admet faiblesses, espère GWAS (association génome-large). Mais complexe : même taille implique milliers gènes mineurs.
Lien avec la personnalité ?
Étudier personnalité d'abord : ouverture au changement distingue libéraux (tolérants ambiguïté) et conservateurs (ordonné, discipliné). John Jost corrobore.
Critique (Evan Charney, Duke) : simpliste, biais libéraux chez chercheurs.
« Les tests réagissant plus aux photos terrifiantes et explosions soutenaient peine de mort, armes, guerre en Irak. »
Paramètres physiologiques
2008, Hibbing : réactions peur (clignements, conductance peau) corrélées à conservatisme. 2012 : conservateurs fixent plus images négatives.
L'hormone du bonheur favorise la xénophobie
Ocytocine renforce biais ingroup (De Dreu, Amsterdam, 2012). Cortisol élevé réduit vote. Critiques : petits échantillons.
Hibbing reste agnostique sur gènes vs environnement, mais convictions physiologiquement ancrées, dures à changer. Émotions modulent : post-11/9, New-Yorkais plus conservateurs ; dégoût pousse droite (Helzer/Pizarro, Cornell).
Publicités horrifiques mobilisent bases, démoralisent adversaires (Alford). Objectif : tolérance accrue.
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