FRFAM.COM >> Science >> Santé

Implants cérébraux : Elon Musk et Zuckerberg vers la lecture de pensées ?

Elon Musk et Mark Zuckerberg investissent massivement dans les interfaces cerveau-ordinateur. Où en sont ces technologies ? Comment encadrer l'intérêt des géants du tech pour nos pensées intimes ?

Elon Musk, fondateur de Tesla et SpaceX, a réussi à implanter un dispositif capable de décoder des signaux cérébraux chez un cochon. Connecté sans fil à un ordinateur, cet implant marque une étape vers des interfaces lisant les pensées. Facebook explore aussi ces liaisons cerveau-machine. Comme l'écrivait George Orwell dans 1984 : « Rien n'était à vous, sauf les quelques centimètres cubes dans votre crâne. » Ces cubes nous appartiennent-ils encore ? Les projets de Musk et Facebook relèvent-ils de la science-fiction ?

Avec Neuralink, Musk vise une communication par la pensée, le stockage de souvenirs pour les revivre, et le traitement de la cécité, de la surdité ou de la paralysie. « Ça ressemble à Black Mirror », a-t-il plaisanté lors d'une démo récente. Pour contrer l'IA, qu'il juge surpassant l'humanité en cinq ans, Musk prône des implants augmentant nos capacités cognitives. « Les choses vont devenir instables », a-t-il averti au New York Times en 2020. Sans cela, les humains risquent de devenir « des animaux de compagnie » pour l'IA.

Gertrude, star de la démo Neuralink

Lors de sa présentation, Musk a présenté trois cochons, dont Gertrude équipée d'un implant de la taille d'une pièce de monnaie, « comme un Fitbit sous le crâne ». L'appareil enregistrait son activité cérébrale et l'envoyait sans fil : un bip retentissait quand elle reniflait de la nourriture.

'Théâtre des neurosciences'

Révolutionnaire pour Musk, cette démo a déçu certains. Le MIT Technology Review l'a qualifiée de « théâtre des neurosciences ». Bob Van Dyck, de Mindspeller (spin-off KU Leuven), note : « Le hardware fonctionne et s'implante sans risque, mais la technologie existe déjà sous d'autres formes. Il manque un logiciel pour décoder les signaux. »

Aux États-Unis, BrainGate permet à des paralysés de contrôler un bras robotique par la pensée. En Belgique, la KU Leuven aide des patients à communiquer via un écran. Des chercheurs américains reconstruisent même des images mentales sur ordinateur.

« Musk promet beaucoup, mais Tesla a connu des crises », observe Katleen Gabriels, philosophe en éthique du numérique à Maastricht. Les tests humains, prévus cette année-là, ont pris du retard.

Percer le cerveau : défis techniques

Les signaux cérébraux sont diffus. « Pour lire les pensées, il faut des électrodes partout », explique Van Dyck. Le cerveau est plastique : les zones changent de fonction. De plus, il rejette les implants via du tissu cicatriciel. Neuralink utilise des fils ultra-fins (plus minces qu'un cheveu) et biocompatibles pour le contrer.

La chirurgie est risquée (hémorragies, méningites). Un robot chirurgical précis la rend plus sûre. « Une prouesse », dit Van Dyck, mais « difficile à justifier sans besoin médical ».

Facebook mise aussi sur le cerveau

Facebook Reality Labs décode des commandes simples (« accueil », « sélectionner ») via un casque infrarouge, sans chirurgie. « Musk excelle en hardware, Facebook en logiciel », note Van Dyck. Mais le cerveau reste mal compris : comment décoder l'inconnu ?

Comment lire ce qu'on comprend à peine ?

L'intérêt de Big Tech : chance ou risque ?

Van Dyck y voit un plus : « Plus d'argent pour la recherche. » Gabriels tempère : « Distinguons thérapies (pour paralysés) et augmentations (Neuralink). Accueillons ces dernières avec scepticisme. »

'Je ne veux pas que mes pensées servent au marketing.'

La vie privée prime : « Nos pensées sont intimes. Facebook n'excelle pas en confidentialité », dit Gabriels. Risques d'inégalités (implants pour riches ?), piratage (« Aucune tech n'est 100 % sûre ») et accès mondial posent question.

Musique du futur ?

Contrôler un smartphone par la pensée ou communiquer mentalement reste lointain. « D'abord, perfectionner pour les patients », insiste Van Dyck. Ni lui ni Gabriels n'envisagent d'implant : « Pas de trou dans la tête pour moi », rit-il. Elle : « Pour un meilleur mémoire, peut-être, si sûr. »


[]