Contrairement à une idée répandue, le cerveau des personnes autistes est capable de comprendre ce que pensent les autres. Les difficultés surgissent souvent dans la détection des divergences entre leurs propres pensées et celles des interlocuteurs.
Des chercheurs des universités de Gand (Belgique) et de Nouvelle-Galles du Sud (Australie) ont analysé 40 ans de données sur la théorie de l'esprit, ce mécanisme psychologique permettant d'inférer les intentions et pensées d'autrui. Longtemps considérée comme déficitaire chez les personnes autistes, cette capacité s'avère intacte dans son principe fondamental.
Une méta-analyse de plus de 50 études sur l'activité cérébrale révèle que la jonction temporo-pariétale, zone clé pour identifier les écarts entre ses propres idées et celles des autres, est moins active chez les personnes du spectre autistique.
La théorie de l'esprit domine la psychologie depuis des décennies. « Notre étude nuance son rôle central », explique la neuroscientifique Eliane Dewinter de l'université de Gand. « En conversation, il ne suffit pas de deviner les pensées de l'autre : il faut aussi vérifier si nous restons alignés, via ce que nous nommons mentalisation relationnelle ».
« Si l'un parle travail tandis que l'autre pense déjeuner, un conflit cognitif émerge », illustre Dewinter. « Le cerveau doit le détecter et l'ajuster en captant des signaux subtils, pour un échange fluide basé sur des concessions mutuelles. »
Chez les personnes autistes, le problème réside moins dans la modélisation des pensées d'autrui – qu'elles maîtrisent – que dans la reconnaissance des conflits. « Elles risquent de monopoliser le sujet ou d'ignorer les initiatives de l'autre, rendant l'interaction plus ardue », précise Dewinter.
Perspectives cliniques : « Cette mentalisation relationnelle pourrait éclairer les thérapies futures pour atténuer ces défis sociaux », conclut l'experte.
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