Cet article a été initialement publié sur Nouvelles du Haut Pays.
Phoebe Parker-Shames est, à sa connaissance, la première doctorante en écologie à se consacrer exclusivement au cannabis. Depuis son arrivée à l'UC Berkeley il y a six ans, elle collecte des données sur la faune et l'industrie du cannabis dans le sud de l'Oregon, sa région natale, en se focalisant sur les fermes opérant dans l'ombre de l'interdiction fédérale. Le statut juridique de la plante a longtemps entravé les recherches sur ses impacts environnementaux. Parker-Shames est la première à rassembler des données sur les effets des pratiques de l'industrie sur la faune locale.
En mars, elle a publié une étude paysagère des fermes de cannabis dans le comté de Josephine, en Oregon. Première analyse sérieuse de l'ampleur de cette industrie en expansion, elle révèle que, selon une estimation prudente, le cannabis occupe 6 % des parcelles privées. Parker-Shames estime que ses travaux de cartographie et d'écologie bénéficieront non seulement aux cultivateurs, mais aussi à leurs communautés, confrontées aux compromis de l'industrie : de la hausse de la demande en eau aux impacts sur la faune. « Pour la première fois, une opportunité se présente pour les communautés de discuter ouvertement de ce que le cannabis signifie pour elles, leurs économies locales et l'environnement », écrit-elle dans son rapport. Pourtant, l'industrie reste opaque, et les réponses définitives aux questions clés manquent.
Récemment, High Country News s'est entretenu avec Parker-Shames sur le rôle de la science dans l'élaboration des politiques et les solutions pour les communautés de l'Ouest confrontées à une « ruée verte ». Cette conversation a été éditée pour plus de concision et de clarté.
Nouvelles du Haut Pays : L'industrie du cannabis est prohibée depuis des générations. Dans certains comtés de l'Ouest, la culture légale est autorisée, ailleurs non. Quelle a été votre expérience de recherche sous prohibition ?
Phoebe Parker-Shames : Il y avait des doutes logistiques : « Vais-je même pouvoir mener ce travail ? » Puis des obstacles quotidiens dus au statut illicite fédéral. Contrairement aux autres industries, il n'existe pas de décennies de recherches antérieures pour s'appuyer. Cela complique les conclusions scientifiques ; je dois établir les lignes de base moi-même.
HCN : Avec le changement climatique et l'aridification de l'Ouest, beaucoup associent le cannabis illicite à une consommation massive d'eau rare et à des dommages environnementaux. Pourquoi est-il si ardu de conclure ?
PPS : Il n'existe pas de ferme de cannabis standard, ce qui rend les études extrêmement difficiles. Les tailles varient de 4 à des milliers de plants ; les pratiques diffèrent : culture en cerceaux, en sacs ou en sol natif ; irrigation intensive ou non ; clôtures perméables ou non à la faune ; défrichement ou réutilisation de terres agricoles. Les impacts vont de compatibles à destructeurs pour l'air, l'eau, la faune et les humains. Mon travail vise la durabilité, en écartant les modèles industriels intensifs.
HCN : Quelles fermes ne pouvez-vous toujours pas étudier ?
PPS : Les fermes « cartellaires » sur terres publiques. Seul l'accès post-raid via les forces de l'ordre est possible. Les sondages n'atteignent pas cette communauté. Ils deviennent le « bouc émissaire », mais sans données sur leurs pratiques, nombre ou opinions, on ne peut conclure. Étudier des sites abandonnés n'équivaut pas à observer des fermes actives.
HCN : Votre recherche informe les décisions communautaires sur la culture du cannabis. Quels compromis affrontent-elles ?
PPS : Dans des endroits comme Josephine, le cannabis est vital à l'économie locale depuis longtemps. Interdire signifierait des pertes massives ; réguler l'illégal est impossible sans état policier. Je préfère réfléchir aux comment cultiver plutôt qu'au si.
Je préférerais que nous réfléchissions aux manières dont nous cultivons, plutôt que si nous cultivons ou non.
Phoebe Parker-Shames
HCN : Les cultivateurs deviennent visibles, comme les impacts d'une industrialisation croissante. Quelles stratégies pour atténuer les effets sur les écosystèmes ?
PPS : Favoriser le dialogue entre décideurs et producteurs, y compris illégaux (6 % des parcelles privées en 2016). Les intégrer au marché légal permet de réguler pratiques et emplacements. Sans données précises, même les forces de l'ordre peinent à cibler les pires acteurs.
HCN : Quelle est votre préoccupation majeure en tant qu'écologue du cannabis ?
PPS : Le chaos politique : comment inciter décideurs et agriculteurs à dialoguer sur les compromis ?
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