Les objectifs du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), créés dans les années 1990, restent constants : alerter sur l'urgence du changement climatique, un défi mondial nécessitant une coopération internationale. Si le message global perdure, le contenu des rapports évolue. Le rapport de 2014 pointait la croissance démographique comme facteur majeur, une idée désormais unanimement rejetée par la communauté scientifique.
Cette semaine, le GIEC a publié la troisième et dernière partie de son sixième rapport d'évaluation, axée sur l'atténuation du changement climatique. Pour la première fois, il met l'accent sur la modification de la demande sociétale en produits et services, soulignant comment nos comportements peuvent réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).
"Ce rapport montre que de nombreuses personnes se soucient de la nature, de l'environnement et des autres, et sont motivées à agir pour le climat", explique Linda Steg, auteure principale du GIEC et professeure de psychologie environnementale à l'Université de Groningen (Pays-Bas). "Cependant, des obstacles freinent ces actions, que l'industrie, les entreprises et les gouvernements peuvent lever."
Les débats sur le climat portent souvent sur le remplacement des énergies fossiles par des alternatives propres. Ce nouveau rapport révèle que les stratégies de réduction de la demande énergétique – diminuant le besoin global en énergie tout en maintenant le fonctionnement du monde – pourraient diviser par deux les émissions mondiales de GES d'ici 2050.
En analysant 60 actions individuelles, le GIEC identifie un fort potentiel dans la mobilité : passer de la voiture à la marche ou au vélo économise jusqu'à deux tonnes d'équivalent CO2 par personne et par an. Réduire les vols, privilégier les transports en commun ou adopter un régime végétal ont aussi un impact significatif. Ces mesures ne sont pas nouvelles, mais restent difficiles sans soutien structurel.
Réduire la demande énergétique offre des co-bénéfices : un niveau de vie décent (DLS), défini en 1993 dans le Rapport sur le développement humain comme la capacité à vivre sainement, se déplacer et participer à la société, est atteignable avec moins d'énergie. Pour les plus démunis, cela améliore l'accès à une énergie propre et à un logement de qualité.
Autre atout : ces approches respectent les "limites planétaires", minimisant les risques environnementaux par rapport à l'expansion d'infrastructures pour répondre à une demande croissante. Le rapport juge même certaines technologies comme la bioénergie avec capture et stockage du carbone (BECCS) moins nécessaires.
Les transformations sociétales demandent du temps : politiques et soutiens sont essentiels pour faciliter des choix climato-compatibles.
"Des politiques, infrastructures et technologies adaptées peuvent réduire de 40 à 70 % les émissions de GES d'ici 2050, libérant un potentiel majeur", déclare Priyadarshi Shukla, coprésident du Groupe de travail III du GIEC. "Ces changements améliorent aussi santé et bien-être."
Les politiques favorisant des modes de vie bas-carbone boostent l'efficacité des mesures d'atténuation et génèrent des bénéfices multiples.
Cependant, le rapport omet un chapitre sur les sciences sociales, divulgué au Guardian, expliquant comment politiques et industries fossiles freinent l'action via inertie, verrouillage d'infrastructures et intérêts acquis. Les grands acteurs connaissent le problème, mais tardent à agir.
"Dans les années 80, on croyait au déficit d'information : informer suffirait. Aujourd'hui, on voit que c'est une question de pouvoir économique et politique", note Ken Caldeira, scientifique principal chez Breakthrough Energy de Bill Gates, au Guardian. "Plus de science ne change rien sans défi aux rapports de force."
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