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Projet de loi sur les infrastructures : des milliards pour dépolluer sites toxiques et puits orphelins, mais les pollueurs seront-ils responsables ?

Le projet de loi sur les infrastructures d'un billion de dollars, adopté la semaine dernière par la Chambre des représentants lors d'un vote nocturne intense, n'est pas la loi climatique prioritaire de l'administration Biden – celle-ci est encore en débat au Sénat. Néanmoins, il transforme la politique environnementale américaine en prenant des mesures inédites contre la pollution des sites industriels, des mines abandonnées et des puits de pétrole et de gaz orphelins.

Ce texte injecte des milliards dans le programme Superfund de l'EPA, chargé de nettoyer les zones les plus contaminées du pays. Ces sites incluent d'anciennes fonderies d'aluminium polluées à l'arsenic, des bases militaires ayant déversé carburant aviation, benzène et gaz moutarde, ou encore un panache de produits chimiques chlorés sous Brooklyn. Fin 2020, l'EPA avait assaini plus de 1 500 sites.

En principe, l'entreprise responsable finance le nettoyage. Mais dans un cas sur trois, elle a fait faillite ou disparu, laissant l'EPA assumer les coûts.

Pour pallier cela, le projet relance une taxe sur les produits chimiques et métaux toxiques importés (benzène, chlore, cobalt), expirée dans les années 1990. Elle devrait rapporter 14 milliards de dollars sur dix ans, selon E&E News.

"En rétablissant la taxe Superfund, ce sont les industries responsables du problème – et non les contribuables – qui paieront le nettoyage", déclare le représentant Earl Blumenauer (Oregon), cosponsor du texte, cité par l'American Bar Association.

Après l'expiration de la taxe, l'EPA a manqué de fonds pour initier les travaux et poursuivre les pollueurs, note le Center for Public Integrity (2010). Le fonds est passé de 4,7 à 0,173 milliard de dollars entre 1997 et 2007, les nouveaux chantiers chutant de deux tiers début 2000. Un rapport du Public Interest Research Group (février) indique que 34 sites étaient prêts en 2020, mais bloqués par manque de budget.

Cela expose les communautés vulnérables aux toxiques. En 2019, le Government Accountability Office relevait 187 sites prioritaires à risque d'inondation lors d'ouragans, propageant les polluants. Les communautés de couleur sont surreprésentées : 26 % des Noirs et 29 % des Hispaniques vivent à moins de 5 km d'un site Superfund.

Le rétablissement de la taxe a aussi le soutien de républicains comme le sénateur Bill Cassidy (Louisiane), hub chimique : "Ça va booster les usines chimiques et industries connexes", dit-il à WAFB-TV de Baton Rouge.

Nettoyage des puits orphelins

Le projet innove en chargeant le Département de l'Énergie de créer un programme pour cataloguer et boucher les puits de pétrole/gaz "orphelins", abandonnés par leurs opérateurs. Reuters estimait 3 à 9 millions de tels puits en 2018 aux États-Unis.

Ces puits fuient des décennies, émettant gaz toxiques, liquides pétroliers ou chimiques de fracturation. Leurs pipelines sont souvent laissés en place (97 % dans le golfe du Mexique, per GAO). Cet été, un pipeline abandonné au large de Louisiane a rompu post-ouragan Ida, causant un déversement majeur.

Ils émettent aussi du méthane, 80 fois plus réchauffant que le CO2 sur 20 ans. L'EPA évalue leur impact équivalent à deux centrales au charbon annuelles.

Ces orphelins résultent de boom-busts pétroliers : petites firmes forent en hausse des prix, font faillite en crise. Grandes compagnies vendent parfois à des opérateurs fragiles. Les cautionnements initiaux sous-estiment les coûts, per Carbon Tracker.

Les contribuables paient : Beverly Hills a déboursé 40 millions pour boucher des puits loués 1 million/an par une compagnie.

Le projet alloue 4,7 milliards pour démarrer, créant emplois dans le secteur fossile (bouchage, restauration). Il permet de poursuivre les entreprises "associées", mais son efficacité reste incertaine. Comme le note The Guardian, il pourrait inciter à la négligence, espérant un sauvetage fédéral.

Carbon Tracker chiffre 280 milliards pour les puits continentaux, plus pour l'offshore. Avec la transition énergétique, le passif croîtra. Ces milliards marquent un début, non une fin.

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