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La loi infrastructures de Biden investit massivement dans l'hydrogène, le nucléaire et la capture de carbone

Cette semaine, le président Joe Biden a signé un colossal projet de loi sur les infrastructures, l'Infrastructure Investment and Jobs Act, d'un montant d'1 000 milliards de dollars. Ce texte alloue des milliards à l'énergie, la résilience climatique, la modernisation du réseau électrique, la dépollution, l'accès à l'eau potable et le déploiement de bornes de recharge pour véhicules électriques. Néanmoins, il met l'accent sur des infrastructures "classiques" comme les routes, ponts et tunnels, plutôt que sur le vaste plan climatique "d'une génération" initialement prévu par Biden.

Malgré des avancées environnementales notables pour un avenir énergétique propre, les experts regrettent que la plupart des mesures climatiques et énergétiques propres aient été reportées sur le plan Build Back Better (BBB), avec des compromis. Un rapport récent du ZERO Lab de l'Université de Princeton indique que ce paquet d'infrastructures aura un impact limité sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le BBB a été adopté par la Chambre des représentants vendredi dernier.

Seulement 400 millions de dollars sont dédiés à la recherche et au développement des énergies renouvelables. "Ce n'est rien", estime Sayanti Mukherjee, professeure d'ingénierie à l'Université de Buffalo. En revanche, trois technologies phares reçoivent les plus gros investissements pour combler la voie vers la neutralité carbone : l'hydrogène, la capture et la séquestration du carbone (CSC), et l'énergie nucléaire.

L'hydrogène bénéficie de près de 10 milliards de dollars sur cinq ans, dont 1 milliard pour réduire le coût de l'hydrogène vert, produit par électrolyse à partir d'énergies renouvelables, cyanobactéries ou algues – jusqu'à six fois plus cher que l'hydrogène issu de combustibles fossiles. Huit milliards serviront à créer quatre hubs régionaux d'"hydrogène propre", utiles en cas de conditions météo extrêmes ou de faible production solaire/éolienne, selon l'AP. 500 millions supplémentaires iront à des projets pilotes.

Cependant, les experts restent prudents : "hydrogène propre" n'implique pas toujours zéro émission, et certains projets risquent des fuites de méthane. L'hydrogène bleu, qui associe gaz naturel et CSC, pose des questions sur ses émissions nettes. "Chaque extraction de gaz naturel génère des émissions fugitives de méthane, un puissant gaz à effet de serre pire que le CO2", explique Fiona Beck, maître de conférences à l'Australian National University, dans Cosmos.

[À lire aussi : le méthane, ce gaz à effet de serre qu'on ne peut plus ignorer]

La loi alloue 6 milliards de dollars au nucléaire, essentiel selon Sarah Jordaan, professeure à l'Université Johns Hopkins, pour réduire les émissions sans recourir aux fossiles pendant l'essor des renouvelables. "Beaucoup de centrales risquaient une fermeture imminente pour raisons économiques ; les maintenir en activité est positif pour le climat", souligne-t-elle. Un rapport indépendant prévoit la fermeture de la moitié des réacteurs US d'ici 2030.

Cependant, écologistes et critiques pointent les risques de déchets radioactifs et arguent que l'aide au nucléaire pourrait freiner les renouvelables. "Où des renouvelables peuvent remplacer en sécurité un réacteur, c'est la priorité", déclare Lukas Ross de Friends of the Earth à E&E News.

Plus de 12 milliards iront aux projets CSC, majoritairement post-combustion sur combustibles fossiles, ce que juge "étrange" Jordaan, qui préfère la capture pré-combustion pour l'hydrogène. Les partisans s'enthousiasment : "Passer de 0 à des milliards marque un tournant", se félicite Giana Amador de Carbon180 (qui se focalise sur l'élimination du carbone, et non la CSC), à NPR. Le coût reste élevé (~600 $/tonne, Science Magazine).

Mais le CSC divise : certains y voient une "distraction" des renouvelables et un risque pour les communautés vulnérables. Des centaines de leaders environnementaux ont alerté Biden cet été.

La loi pose des jalons audacieux, mais pour atteindre les objectifs COP26, il faut prioriser renouvelables et adaptation. "Le Congrès doit finaliser le BBB pour une action climatique historique", estiment Christina DeConcini et Jillian Neuberger du World Resources Institute.

Correction : Carbon180 se concentre sur l'élimination du carbone, non sur la CSC.

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