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Tetrapodophis : le "serpent à quatre pattes" est en réalité un lézard élancé, selon une nouvelle étude

Un fossile mystérieux, initialement identifié comme un serpent à quatre pattes, s'avère être un ancien lézard selon une analyse récente.

En 2015, des chercheurs avaient classé ce spécimen brésilien vieux d'environ 120 millions d'années comme un serpent, en se basant sur son crâne et d'autres caractéristiques squelettiques. Cependant, une équipe internationale a réexaminé la roche contenant ce petit reptile et conclu à une mauvaise classification.

Ce débat autour de Tetrapodophis amplectus impacte notre compréhension de l'évolution des serpents et soulève des questions éthiques sur l'exportation illégale probable de ce fossile du Brésil, comme l'indiquent les chercheurs dans le Journal of Systematic Palaeontology du 18 novembre.

"Nous voulions contester la classification initiale et relancer le débat sur l'espèce et son rapatriement au Brésil", explique Michael Caldwell, paléontologue des vertébrés à l'Université de l'Alberta et co-auteur de l'étude.

Les scientifiques recherchent depuis longtemps des fossiles éclairant la transition des serpents vers un corps sans membres, une caractéristique partagée avec certains lézards et amphibiens modernes. Plusieurs serpents primitifs conservaient des membres postérieurs, rendant l'idée d'un chaînon manquant plausible.

"Pour Tetrapodophis, l'anatomie ne soutient pas l'hypothèse d'un serpent ancien", précise Caldwell. "Cela n'apporte rien sur les origines des serpents, l'allongement corporel ou la perte de membres."

Le spécimen proviendrait de la formation de Crato, au nord-est du Brésil, datant du début du Crétacé. Probablement collecté sans permis et exporté via le commerce illégal de fossiles, il se trouve désormais dans une collection privée, posant des problèmes d'accès éthique (les deux équipes l'ont étudié lors d'un prêt à un musée allemand).

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"Il est crucial de reconnaître l'origine des spécimens, issus d'une région habitée et du patrimoine local", souligne Tiago Rodrigues Simões, paléontologue brésilien à Harvard et co-auteur.

Le retour de Tetrapodophis au Brésil est essentiel, tant légalement qu'éthiquement.

Un débat serpentin

En 2015, la description initiale dans Science évoquait des adaptations pour creuser, constricter et avaler de grosses proies, comme chez les serpents modernes.

Caldwell, Simões et leurs collègues l'ont réinterprété.

Le crâne de Tetrapodophis est très mal conservé : côté droit perdu, gauche écrasé. L'examen des empreintes dans la matrice rocheuse a permis une analyse détaillée.

La forme des mâchoires et des yeux évoque plus les lézards que les serpents. Aucune adaptation vertébrale à la constriction n'est évidente. Son corps élancé et aplati convient mieux à un habitat aquatique, comme les anguilles ou serpents marins. Ses membres trapus servaient probablement à la nage, dans un sédiment lacustre.

L'analyse phylogénétique place Tetrapodophis parmi les dolichosaures, lézards marins éteints proches des serpents.

C'était un "petit animal extrêmement menu", mesure 19,5 cm, au corps "incroyablement élancé" comme des "spaghettis potelés".

Tous ne sont pas convaincus.

"Certains os sont brisés ou masqués, mais l'anatomie reste cohérente avec un serpent", rétorque Nicholas Longrich, co-auteur de 2015, à l'Université de Bath.

"Comme serpent le plus ancien, il éclaire les premiers serpents. Ce papier ne clos pas le débat."

Même sans être un serpent, Tetrapodophis fascine par son allongement extrême, ses membres en pagaie et son nombre élevé de vertèbres.

"Il révèle une diversité inattendue dans l'évolution des lézards allongés sans membres. Unique en soi", conclut Caldwell.

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