La pandémie de COVID-19 a entraîné une hausse spectaculaire de la demande en plastiques jetables, provoquant le rejet de plus de 25 000 tonnes de déchets dans les océans mondiaux, selon une étude menée par des scientifiques américains et chinois.
Les chercheurs ont quantifié les déchets plastiques produits par pays, modélisé leur transport via les grands fleuves et simulé leur dispersion océanique. Résultat : plus de 8 millions de tonnes de débris issus des hôpitaux, des équipements de protection individuelle (EPI) et des emballages e-commerce. La majorité de ces déchets finiraient sur les plages et les sédiments côtiers.
"Cela représente un défi environnemental durable pour les océans", soulignent les auteurs, issus de l'Université de Nanjing et de la Scripps Institution of Oceanography (Université de Californie à San Diego), dans une publication de Proceedings of the National Academy of Sciences. Ils plaident pour une meilleure gestion des déchets médicaux, surtout dans les pays en développement.
João Canning-Clode, écologiste marin au Centre des sciences marines et environnementales du Portugal et au Smithsonian Environmental Research Center (Maryland), note que la COVID-19 est la pandémie la plus grave à l'ère des plastiques jetables, exacerbant la pollution marine.
Avec 212 millions de cas mondiaux au 23 août 2021, les déchets médicaux plastiques ont explosé : kits de test, masques, gants, visières, couverts à usage unique... Les achats en ligne ont amplifié le problème via les emballages.
Beaucoup de ces plastiques ne sont ni traités ni recyclés, finissant dans rivières et océans. Environ 1,56 milliard de masques ont pollué les mers en 2020, menaçant la faune marine par ingestion ou enchevêtrement.
Pour chiffrer cela, les experts ont croisé données démographiques, production de masques, infections, tests, hospitalisations et rapports financiers d'Amazon ou Walmart. Fin août 2021, 193 pays avaient généré 8,4 millions de tonnes : 87,4 % des hôpitaux, 7,6 % des EPI grand public, 4,7 % e-commerce, 0,3 % kits de test.
Les Amériques (47,6 % des cas) dominent, suivies de l'Asie (31,2 %) et l'Europe (17,3 %). Mais l'Asie produit le plus de déchets (46 %), puis l'Europe (24 %) et les Amériques (22 %), faute de systèmes de gestion adaptés.
"Les hôpitaux surchargés n'étaient pas prêts à ce volume", explique Amina Schartup, professeure adjointe à Scripps Oceanography.
L'équipe a analysé 369 fleuves : 25 900 tonnes rejoignent les océans (1,5 % des rejets fluviaux globaux). Points chauds : Chatt al-Arab, Indus, Yangtze, Gange-Brahmapoutre, Danube, Amour.
Modélisation océanique : la plupart des déchets s'échouent sur plages et fonds en 3 ans, certains piégés en Arctique, vulnérable au climat.
D'ici fin 2021, projection : 11 millions de tonnes totales, 34 000 tonnes en mer.
Ces déchets pandémiques ne sont qu'une fraction du problème global. "La pollution plastique marine est l'un des pires fléaux planétaires", alerte Canning-Clode.
Solutions : améliorer collecte/recyclage, alternatives éco-friendly, sensibilisation aux impacts des EPI.
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