Des bactéries anaérobies du sol, comme Clostridium novyi, pourraient révolutionner le traitement des tumeurs inaccessibles aux thérapies classiques en les dévorant de l'intérieur.

Des bactéries du sol pour combattre les tumeurs
Certaines tumeurs inopérables abritent des zones centrales pauvres en oxygène et en vaisseaux sanguins, rendant la chimiothérapie et la radiothérapie inefficaces. Des chercheurs américains de l'Université Johns Hopkins ont utilisé la bactérie anaérobie Clostridium novyi, issue du sol, pour cibler ces zones hypoxiques. Cette bactérie se multiplie exclusivement dans les tissus tumoraux anoxiques, épargnant les cellules saines oxygénées.
Une idée centenaire
L'utilisation de bactéries contre le cancer remonte à plus de deux siècles, lorsque des observations spontanées notaient des rémissions après infections bactériennes. En 1891, le Dr William Coley, chirurgien new-yorkais, a développé un "vaccin" à base de Streptococcus pyogenes et de Serratia marcescens, obtenant des résultats prometteurs. Bien que supplantée par la chimiothérapie et la chirurgie, une analyse de 1999 (comparant 128 cas Coley à 1 675 traitements modernes) a révélé une survie moyenne similaire : 8,9 ans pour les patients de Coley contre 7 ans pour les autres.
William ColeyLes essais récents avec Salmonella atténuée ont été sûrs mais peu efficaces. L'étude publiée en 2014 dans Science Translational Medicine apporte un espoir : des spores affaiblies de C. novyi ont été injectées chez 16 chiens atteints de cancers spontanés (modèles plus réalistes que les rongeurs transgéniques). Chez 6 chiens, les tumeurs ont régressé ou disparu ; chez 5 autres, la croissance s'est arrêtée. Les bactéries libèrent des enzymes destructrices et stimulent potentiellement l'immunité locale.
Essai humain préliminaire
Suite à ces succès, une patiente de 53 ans, en phase terminale d'un cancer colorectal métastatique, a reçu une dose réduite dans une tumeur à l'épaule. Après un mois, cette lésion a nettement diminué, contrairement aux autres. Des effets secondaires (fièvre, nausées) ont été gérés par antibiotiques, mais une fracture humérale post-traitement a nécessité une opération. La patiente est décédée des métastases résiduelles.
Perspectives futures
Les chercheurs qualifient ces résultats d'encourageants, sans revendiquer de percée. Des études supplémentaires sont nécessaires, notamment en combinaison avec chimiothérapie et radiothérapie, pour élargir l'application à divers cancers.
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