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Pour une science et une démocratie ouvertes : leçons de la crise du coronavirus

La critique est le moteur de la science, selon le philosophe des sciences Karl Popper (1902-1994), fondateur du rationalisme critique. L'essentiel réside dans la falsifiabilité : les scientifiques cherchent à réfuter leurs hypothèses plutôt qu'à les confirmer. La science progresse par l'incertitude et le doute, menant à des connaissances plus solides : mesurer, c'est savoir. Popper défendait aussi une société ouverte et une démocratie libérale.

Le coronavirus menace-t-il notre démocratie ? Dans son analyse percutante « La démocratie est aussi en confinement », publiée sur Follow the Money, Jan-Hein Strop souligne qu'il est légitime de consulter des experts, mais ces derniers ne sont pas élus. « Si le Premier ministre Rutte suit tous leurs conseils, la Chambre des représentants ne devrait-elle pas vérifier leur identité, la formulation de leurs avis et les considérations politiques ? Les hypothèses sous-jacentes aux modèles et feuilles de calcul du RIVM (Institut national de santé publique et de l'environnement) restent opaques, tout comme ses écarts par rapport aux recommandations internationales et de l'OMS. » Des questions légitimes et essentielles.

Denny Borsboom, professeur de fondements de la psychologie et psychométrie à l'Université d'Amsterdam, plaide dans une interview sur Scienceguide pour plus de transparence du RIVM. « Les données devraient être publiques. Nous attendons ce modèle qui sous-tend tous ces scénarios. »

Pourquoi une distance d'1,5 mètre aux Pays-Bas et en Belgique, mais d'1 mètre en France ?

Récemment, Borsboom a obtenu une subvention de la NWO pour un projet multidisciplinaire sur les stratégies de sortie du « confinement intelligent ». L'Open Science accélère les progrès, comme il l'explique : « La question clé est : comment en sortir ? Ce n'est plus un problème solitaire pour le RIVM. Il implique comportement, société et économie. Ouvrir modèles et données génère des avancées inattendues et efficaces. »

Les sociétés ouvertes et démocratiques requièrent critique et dissidence. Pourquoi 1,5 mètre aux Pays-Bas et en Belgique, 1 mètre en France ? Prenons la Suède : interdiction de concerts et matchs, télétravail recommandé, confinement des vulnérables, mais écoles primaires, crèches et restaurants ouverts. Son économie résiste mieux que la moyenne. Bien que plus de décès qu'en Scandinavie voisine, la Suède surpasse la Belgique, l'Italie, les Pays-Bas et l'Espagne.

La leçon pour la prochaine pandémie : mesurer, c'est savoir ; compter, c'est tourmenter.

Johan Giesecke, professeur émérite d'épidémiologie à l'université de Stockholm et conseiller pour le gouvernement suédois et l'OMS, critique les confinements pour manque de preuves. « Seule preuve solide : le lavage des mains. Dans un an, nous saurons ce qui marche, et cela variera par pays. Le Covid-19 est une maladie bénigne comme la grippe ; les décès actuels auraient eu lieu bientôt. » Il alerte sur les risques démocratiques : « Combien de temps forcer les gens à rester chez eux ? Les politiques ont-ils prévu la sortie ? »

En tant que démocrate convaincu, je vois la lutte anticoronavirus comme un défi logistique majeur. L'écrivain et physicien italien Paolo Giordano, dans En temps de contagion, note : « La contagion mesure notre globalisation inextricable, infectant nos réseaux relationnels. Nous comptons infections, guérisons, morts, absences scolaires, pertes boursières. »

Ces chiffres donnent-ils une vue d'ensemble fiable ? La leçon pour la prochaine pandémie : mesurer procure la connaissance, mais compter peut tourmenter.

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