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Pourquoi les édulcorants artificiels ne trompent pas notre cerveau : le rôle clé des intestins

Éviter les envies de sucre demande une forte volonté. Un « petit œuf de Pâques » peut vite se multiplier, laissant plusieurs emballages froissés sur la table. Cette difficulté s'explique biologiquement, comme l'ont démontré des chercheurs du Howard Hughes Medical Institute dans une étude publiée dans Nature.

Dans cette recherche, des souris n'ont initialement montré aucune préférence entre de l'eau sucrée et de l'eau additionnée d'acésulfame K, un édulcorant artificiel courant dans les sodas light. Elles en consommaient des quantités égales. Après deux semaines cependant, les souris préféraient nettement l'eau sucrée, prouvant que le goût seul ne suffit pas.

Nos papilles gustatives détectent le sucré, mais les intestins perçoivent spécifiquement le glucose et ses dérivés. Ils envoient alors un signal direct au cerveau via l'axe intestin-cerveau, vers le noyau du tractus solitaire (cNST) dans le tronc cérébral. Les édulcorants artificiels et le fructose des fruits n'activent pas ce mécanisme, expliquant notre préférence marquée pour le vrai sucre.

Bien que menée sur des souris, cette découverte est très probablement transposable à l'humain, selon Hanno Pijl, endocrinologue et professeur de diabétologie au Leiden University Medical Center (LUMC). « Comment tester cela chez l'homme reste à déterminer », précise-t-il. Les variations individuelles dans le nombre de récepteurs intestinaux ou cérébraux pourraient influencer notre résistance au sucre.

Le glucose, source vitale d'énergie

La consommation de sucre modifie notre comportement non pas via ses calories, mais grâce à une détection spécifique du glucose. Des molécules hypocaloriques similaires au glucose produisent le même effet. « Le glucose est la principale source d'énergie des êtres vivants. Détecter précisément cette molécule et adapter notre comportement a conféré un avantage évolutif majeur », expliquent les chercheurs Hwei-Ee Tan et Alexander Sisti.

Vers un avenir des boissons allégées ?

Faut-il tous passer aux sodas light ? « Cela n'a pas de sens si l'on continue à consommer des boissons sucrées en parallèle, renforçant ainsi le besoin de sucre vrai via ce mécanisme », met en garde Hanno Pijl. Les chercheurs suggèrent des édulcorants imitant la forme du glucose sans calories, mais l'expert s'interroge : « Les boissons gazeuses restent néfastes, riches en additifs inutiles. Développer des édulcorants addictifs n'est pas une bonne idée. »

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