Le syndrome du supermarché n'a rien à voir avec une addiction au shopping. Il s'agit d'un trouble neurologique caractérisé par des vertiges provoqués par des stimuli visuels intenses.


Également appelé vertige visuel ou étourdissements induits visuellement, ce syndrome survient lorsque des environnements visuellement chargés – comme les supermarchés, les carrefours animés, les tunnels ou les films 3D – déclenchent des symptômes de vertige.
Les manifestations incluent des étourdissements, une instabilité, une désorientation et un inconfort général. Les patients développent souvent des comportements d'évitement, impactant leur qualité de vie et leurs activités sociales.
Dans la vie quotidienne, notre cerveau intègre des informations visuelles, vestibulaires (provenant des organes de l'équilibre dans l'oreille interne) et proprioceptives (issues des muscles et articulations) pour maintenir l'équilibre et l'orientation spatiale. Selon le contexte, il pondère ces entrées en fonction de leur fiabilité.
En cas de dysfonctionnement d'un système, comme une perte vestibulaire due à une maladie de l'oreille interne, le cerveau compense en se reliant excessivement au système visuel. Chez les personnes atteintes du syndrome du supermarché, cette dépendance visuelle accrue rend les environnements complexes ingérables.
Le traitement principal est la désensibilisation, un entraînement progressif pour réduire cette hypersensibilité visuelle. Inspiré des thérapies pour phobies, il utilise une stimulation optocinétique : d'abord observation assise d'un motif immobile, puis marche face à un motif en mouvement.
Bien que le cerveau soit central dans l'intégration de ces signaux, son rôle spécifique restait peu étudié. Dans une étude exploratoire avec IRMf au repos (rsfMRI) sur 10 patients et 10 témoins sains, nous avons observé une activation réduite des régions vestibulaires (en bleu sur la Fig. 3) et accrue des régions visuelles (en rouge), confirmant la perte vestibulaire et la surdépendance visuelle.
Ces résultats préliminaires, bien que limités par la taille de l'échantillon, ouvrent des perspectives thérapeutiques comme la neuromodulation, déjà efficace pour d'autres troubles neurologiques (AVC, dépression, épilepsie, acouphènes).
Les recherches futures exploreront de plus grands groupes et corrèleront symptômes et patterns cérébraux individuels.
Une course aux supermarchés comme Colruyt ou Carrefour n'est donc pas anodine pour tous.
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