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La Doctrine de la Découverte : Fondement de la colonisation des Amériques et legs pour les peuples autochtones

La colonisation des Amériques a été un désastre pour les peuples autochtones. Derrière la conquête de leurs territoires par les Européens se dissimulait un sentiment extrême de supériorité, dont les traces persistent aujourd'hui.

La Doctrine de la Découverte : Fondement de la colonisation des Amériques et legs pour les peuples autochtones

Pour les premiers habitants du Nouveau Monde, la colonisation fut un cataclysme absolu. Le 12 octobre 1492, Christophe Colomb et ses navires, la Santa Maria, la Pinta et la Niña, jettent l'ancre dans ce qu'on appellera le « Nouveau Monde ». Il revendique immédiatement ces terres pour le roi d'Espagne, les nommant « San Salvador ». Son fils Fernando relate : « entouré d'indigènes, il en prit possession avec des paroles et des formalités appropriées au nom des Rois Catholiques. »

Il est emblématique que Colomb s'approprie des terres habitées par des milliers d'Indiens sans sourciller.

Dans son journal, Colomb note le lendemain : « Entre le récif et la terre, il y a un bassin profond et un port où tous les navires du monde chrétien peuvent mouiller… J'ai découvert un bout de terre qui ressemblait à une île, mais ce n'était pas le cas. Vous pourriez en faire une île en deux jours, mais je ne pense pas que ce soit nécessaire, car ces gens-là n'ont aucune expérience avec les armes. Avec cinquante hommes, nous pouvons les soumettre et les forcer à faire ce que nous voulons. » Il poursuit sa route, cherchant de l'or et revendiquant les îles sans hésiter : « J'avais résolu de ne passer devant aucune île sans en prendre possession, bien que vous puissiez dire ici que si vous en avez une, vous les avez toutes. »

De retour en Espagne, accueilli en héros, Colomb prépare son deuxième voyage (sur quatre au total) pour convertir les Indiens au christianisme, les « civiliser » et trouver de l'or. Cette attitude n'est pas unique : explorateurs, rois, militaires et pionniers européens suivent la même logique pendant des siècles.

La Doctrine de la Découverte : Fondement de la colonisation des Amériques et legs pour les peuples autochtonesL'arrivée de Christophe Colomb en Amérique.

Terrain vide

Les millions d'Amérindiens n'ont guère voix au chapitre face à l'invasion européenne. Malgré un commerce et des mariages mixtes, leurs droits sont ignorés. Politiquement, l'Amérique est vue comme un « pays vide ». En 1493, la bulle papale Inter caetera d'Alexandre VI attribue le nord au Portugal et le sud à l'Espagne. Bientôt, Angleterre, France et Pays-Bas entrent en lice. La France s'implante au Québec, Terre-Neuve et baie d'Hudson ; les Pays-Bas autour de New York ; l'Angleterre colonise la côte est « au nom du roi ». L'Espagne et le Portugal dominent l'Amérique centrale et du Sud. Conflits et guerres opposent les Européens, tandis que les maladies comme la variole déciment les autochtones, facilitant involontairement la colonisation.

Après la déclaration d'indépendance américaine en 1776, de nombreuses tribus soutiennent la Grande-Bretagne, mais perdent tout lors de la guerre de 1812. L'Indian Removal Act de 1830, signé par Andrew Jackson, force les déplacements. Des centaines de traités sont rompus, sous le slogan du Manifest Destiny : une expansion divine « d'un océan à l'autre ».

La Doctrine de la Découverte : Fondement de la colonisation des Amériques et legs pour les peuples autochtonesL'expédition de Meriwether Lewis et William Clark (1804-1806) pave la voie à l'expansion vers l'ouest.

Le Manifest Destiny puise dans la Doctrine de la Découverte, née à l'époque de Colomb. Non écrite, elle légitime la colonisation, selon le professeur Robert Miller, expert en droit à la Lewis & Clark Law School, membre de la tribu Shawnee. « Elle explique pourquoi les intérêts des millions d'habitants ont été ignorés. L'Église et les rois bénissaient les revendications, masquant la quête de terres et ressources sous un voile religieux. »

Le « problème indien »

George Washington voyait les Indiens comme des « sauvages » et préférait les laisser s'éteindre face à l'expansion. Thomas Jefferson encourageait l'endettement pour forcer les ventes de terres. L'affaire Johnson v. M'Intosh (1823) confirme que seul le gouvernement fédéral peut acheter aux tribus. L'Allotment Act de 1887 morcelle les terres tribales pour favoriser l'assimilation, réduisant les territoires de deux tiers.

La Doctrine de la Découverte : Fondement de la colonisation des Amériques et legs pour les peuples autochtonesIndiens Shoshone dans la réserve de Wind River, Wyoming, 1892.

Colonialisme persistant

Aujourd'hui, la Doctrine imprègne encore le droit fédéral américain : tutelle du Congrès sur les réserves, doctrine de la confiance, souveraineté limitée. James Anaya, rapporteur ONU, appelle à réparation et restitution. Des mouvements comme Idle No More protestent contre les violations actuelles.

Miller conclut : « Il est temps d'abandonner cette pensée coloniale ancrée dans nos lois. »

La Doctrine de la Découverte : Fondement de la colonisation des Amériques et legs pour les peuples autochtonesMonument de Crazy Horse dans les Black Hills, Dakota du Sud.

Accaparement de terres et abus

L'expansionnisme européen ignore les peuples autochtones, pourtant agriculteurs sédentaires depuis des millénaires. Les Cherokees s'adaptent, adoptant même une constitution, mais subissent le Trail of Tears (1838) : 4 000 morts lors d'une marche forcée en hiver.

Les Lakota perdent les Black Hills malgré un traité de 1868 ; ils refusent toujours compensation. Le massacre de Wounded Knee (1890) brise la résistance : 200 morts.

La Doctrine de la Découverte : Fondement de la colonisation des Amériques et legs pour les peuples autochtones

Cet article est paru initialement dans Eos Memo. Abonnez-vous à la newsletter pour l'actualité historique.

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