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Australopithecus sediba : un fossile révélant un lien unique entre singe et humain

Cinq ans de recherches et onze articles scientifiques après la découverte d'Australopithecus sediba, les anthropologues disposent désormais d'une vision claire de l'anatomie de cette espèce humaine d'Afrique australe.

Australopithecus sediba : un fossile révélant un lien unique entre singe et humain

La ville sud-africaine de Malapa, près de Johannesburg, mérite amplement son surnom de « berceau de l'humanité ». Aucun autre site au monde n'a livré autant de fossiles d'hominidés. Ce complexe de quelque 600 grottes calcaires a également abrité les derniers reposoirs de trois individus d'A. sediba. En 2008, le paléoanthropologue américain Lee Berger y a découvert des squelettes quasi complets – son fils de neuf ans ayant repéré le premier fossile. Ces restes promettaient déjà une mine d'informations inédites.

Seize universités, mobilisant plus d'une centaine de scientifiques, ont étudié ces fossiles datés d'environ 2 millions d'années. Ils offrent des insights sans précédent sur l'anatomie des premiers hominines. En 2011, cinq premiers articles ont été publiés ; aujourd'hui, six études supplémentaires concluent ce travail titanesque. Ces publications révèlent des découvertes surprenantes sur l'ascendance, la morphologie et la locomotion d'A. sediba.

Les analyses dentaires et mandibulaires distinguent Sediba des australopithèques d'Afrique de l'Est, tout en le rapprochant étroitement d'Australopithecus africanus, découvert il y a près d'un siècle par Raymond Dart. Néanmoins, les différences justifient son statut d'espèce nouvelle.

Cette proximité avec A. africanus pourrait éclairer notre lignée directe. Longtemps, on a supposé que A. africanus descendait d'A. afarensis (celui de Lucy, potentiellement ancêtre humain). Les chercheurs proposent désormais que Africanus et Sediba partagent un ancêtre commun inconnu, Sediba présentant des traits inhabituels du genre Homo. Il pourrait être un maillon primordial de l'humanité.

Position et locomotion
Le Pr Steven Churchill, de l'Université de Witwatersrand (Afrique du Sud), a examiné le bras gauche presque complet d'un spécimen – une rareté pour les premiers hominines. Ce membre primitif suggère que Sediba, comme les autres australopithèques, excellait à l'escalade. Ses mains, en revanche, étaient avancées : os indiquant une grande dextérité manipulatrice.

Sa colonne vertébrale, exceptionnellement préservée, évoque celle de l'humain moderne avec cinq vertèbres lombaires. Cependant, le bas du dos était plus long et souple. Sediba mêle ainsi traits primitifs simiens et caractéristiques évoluées humaines.

La jambe presque intacte (talon, cheville, genou, hanche, bas du dos) permet une reconstitution précise de sa marche, surpassant même Lucy. A. sediba était bipède comme nous, mais avec une démarche distincte. Cela atteste de la diversité des locomotions bipèdes chez nos ancêtres.

Structure évolutive
La description d'A. sediba confirme que l'évolution du singe à l'homme n'était pas linéaire. L'image classique d'une progression droite vers Homo sapiens est obsolète. L'arbre généalogique humain ressemble plutôt à un buisson inextricable, avec ramifications, impasses et voies alternatives.

De telles découvertes soulignent les lacunes persistantes dans notre connaissance de l'évolution humaine. Chaque réponse en génère deux nouvelles, remettant en cause les théories établies. Pourtant, l'étude des branches latérales éclaire le parcours suivi par notre lignée, en révélant les chemins non empruntés du primate au moderne humain.

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