Pourquoi les paléoanthropologues, spécialistes de l'évolution humaine, sont-ils fascinés par les dents ?

Une analyse approfondie des dents des hominidés fossiles ouvre de nouvelles perspectives prédictives.
Les paléoanthropologues étudient l'évolution humaine avec une passion particulière pour les dents. Non pas parce qu'elles sont les plus intrigantes de notre anatomie, mais parce qu'elles se conservent bien mieux que les os. Pour certains ancêtres, nous ne disposons que de leurs dents. La logique derrière leur taille et leur succession fait l'objet de recherches depuis des décennies.
Sur le plan évolutif, les molaires – ces dents noueuses utilisées pour mâcher – augmentent ou diminuent progressivement pour de bonnes raisons. Chez la plupart des mammifères, les molaires inférieures, situées derrière la canine, grossissent progressivement vers l'arrière. Chez les humains et certaines espèces, cette tendance s'inverse : les molaires rétrécissent, notre dernière étant la fameuse dent de sagesse.
Le paléontologue britannique Percy Butler (décédé à 102 ans), qui a œuvré des décennies au Natural History Museum de Londres, a été le premier à décrire ce modèle dans les années 1930. Il l'attribuait à une substance diffusée lors de la croissance dentaire, dont la concentration diminue progressivement.

Une étude révolutionnaire sur la souris, publiée en 2007 dans Nature, a nuancé cela : la croissance dentaire est stimulée par une substance dans les gencives, mais inhibée par les dents adjacentes déjà formées. Alistair Evans et ses collègues ont montré que cette interaction détermine la taille des dents. Comme ces mécanismes sont communs chez les mammifères, ils définissent des règles universelles, comme l'expliquent les mêmes auteurs dans une publication récente dans Nature.
Moins spectaculaire au quotidien, cela révolutionne l'étude des hominidés éteints, dont les fossiles dentaires sont rares. Chez 14 espèces examinées, les trois premières molaires après la canine grossissent progressivement, permettant d'estimer la taille manquante de la deuxième molaire d'Ardipithecus ramidus. Remarquablement, la dent de sagesse – réduite chez l'humain moderne – était imposante chez de nombreux hominidés. Les auteurs expliquent ce phénomène : chez le genre Homo, une molaire plus petite accélère le rétrécissement des suivantes.
Faible chez nous, elle prédit parfois son absence totale, comme chez l'Homo de la Sima de los Huesos en Espagne. Chez les australopithèques primitifs, les dents continuent d'augmenter, renforçant l'idée que Homo habilis (découvert par Louis Leakey en 1950) était encore un australopithèque et ne mérite pas son nom.
Les dents du petit Homo floresiensis ressemblent à celles du chimpanzé, indiquant que la taille corporelle influence aussi les dimensions dentaires, sans nécessiter d'explications évolutives distinctes.
Ces nouvelles règles marquent une avancée majeure en paléoanthropologie, selon Aida Gómez-Robles (Center for the Advanced Study of Human Paleobiology, George Washington University) dans un commentaire accompagnant l'étude :
• Elles montrent comment les modèles sur souris éclairent l'évolution humaine.
• Elles offrent des prédictions testables sur de futures découvertes.
• Elles s'appliquent potentiellement à d'autres structures répétitives, comme la colonne vertébrale ou les membres.

Curieux de votre propre cas ? Chez la plupart des humains, la troisième molaire après la canine est la plus grande. Si la suivante l'est, vous faites partie des 10-20 % minoritaires. Partagez-le sur Facebook !