135 ans après les célèbres Iguanodons de Bernissart, le Muséum des Sciences naturelles de Bruxelles accueille à nouveau un squelette authentique et complet de dinosaure : le Plateosaurus « Ben », originaire de Suisse.
Un Plateosaurus de 6,4 mètres de long, âgé de 210 millions d'années et extrait d'une carrière de marne suisse, trône désormais au Muséum après un an et demi de préparation minutieuse incluant ciselage, collage et soudure. Ce dinosaure était l'un des premiers grands herbivores et un précurseur des gigantesques Diplodocus. Voici l'histoire captivante de « Ben ».
« Nous avons construit des barrages pendant une heure pour éviter que les fossiles ne soient emportés par le courant. »
Le paléontologue suisse Ben Pabst et un groupe d’étudiants prospectent des fossiles de dinosaures dans la carrière d’argile et de marne de Frick. La chance de découvrir un Plateosaurus n’est pas mince : plus de 30 squelettes partiels ou complets ont été exhumés dans ce site depuis les années 1970. Frick est un véritable cimetière de platéosaures. Et la chance sourit à nouveau : les paléontologues dégagent un spécimen exceptionnel, malgré un orage soudain. « Une fois les fossiles découverts, un violent orage a éclaté », se souvient Pabst. « Nous avons construit des barrages pendant une heure pour les protéger du courant. Nous étions trempés ! »


Quatre caisses en bois pesant ensemble une demi-tonne sont transportées au laboratoire de paléontologie du Muséum. Remplies de paquets blancs emballés dans du papier d’aluminium, de la jute et du plâtre, elles contiennent les restes fossilisés vieux de 210 millions d’années. Le taxidermiste Aldo Impens et son équipe les déballent avec précaution à l’aide d’un ciseau pneumatique, semblable à une perceuse dentaire. Ce travail minutieux sur environ 200 os justifie l’accord entre le Muséosaurier de Frick et le Muséum : le squelette sera exposé indéfiniment à Bruxelles en échange de sa préparation. La Région de Bruxelles-Capitale finance le projet. Aldo Impens, Stéphane Berton, Jonica Dos Remedios et des bénévoles s’attellent à la tâche pendant un an et demi.
Le fossile est nommé « Ben » en hommage à son découvreur, Ben Pabst, déjà connu du Muséum. En 2002-2003, huit squelettes jurassiques authentiques (dont un Diplodocus, un Stégosaure et un Allosaure) qu’il avait aidé à fouiller dans les années 1990 au Wyoming (États-Unis) y avaient été exposés.

« Vous devez faire attention à ne pas percer dans les fossiles. »
Pendant des mois, le bourdonnement incessant d’un outil pneumatique résonne dans le paléolab, entrecoupé par l’application de « Mowilith », un plastique liquide qui scelle les microfissures et préserve les os fragiles, « plus délicats que du verre », selon Stéphane Berton, ancien gardien reconverti en taxidermiste. « La différence de couleur indique la frontière entre sédiments et fossiles. »

Le Muséum finance la préparation de Ben, mais lance un crowdfunding pour l’exposition : installations métalliques, scène, vidéo making-of et aménagement de la galerie des dinosaures. Après une couverture médiatique et une soirée-bénéfice, 600 contributeurs récoltent 50 000 euros. Ben partage désormais cette salle emblématique avec les Iguanodons de Bernissart, découverts il y a 140 ans – la plus grande trouvaille belge de dinosaures authentiques.

Soulagement dans l’équipe : après un an de travail, tous les os beige-ocre-brun-gris sont disposés, étiquetés et inventoriés. Provenant de deux individus (« 07 » et « 08 »), le squelette composite atteint plus de 80 % de complétude : 50 os des pattes postérieures, 42 antérieures, 47 vertèbres caudales, 15 dorsales, 10 cervicales, 26 côtes, 32 chévrons... Les pièces manquantes sont sculptées en polyuréthane et plâtre synthétique. « Bientôt avec une imprimante 3D », espère Aldo. Les formes sont déduites de symétries ou de spécimens connus, comme le crâne basé sur un moulage de Trössingen (Allemagne, 1911). « Les Plateosaurus s’étouffaient dans la boue il y a 210 millions d’années. Leur taille les protégeait des prédateurs ; ils vivaient paisiblement jusqu’à ces pièges mortels. »

Malgré un léger retard, Aldo fabrique les supports métalliques sur mesure dans une tente extérieure, sous une pluie d’étincelles. Chaque os repose sur des chevilles sans perçage. « C’est le travail d’une vie », s’enthousiasme-t-il. Stéphane peint les moulages en marron pour distinguer les originaux des répliques : transparence totale pour les visiteurs.
Le paléontologue Koen Stein (Vrije Universiteit Brussel) analyse un échantillon du fémur : Ben avait six ans à sa mort. Les anneaux de croissance révèlent des saisons sèches (lignes bleues, faible calcium) et humides (croissance rapide, vaisseaux sanguins en rouge). Contrairement aux sauropodes comme Diplodocus ou Apatosaurus, qui grandissaient sans interruption.


« Construire un squelette de dino est une fois dans une vie. »
Le squelette est installé sur un cadre suspendu au plafond, avec appuis sous le ventre et les épaules. Ben est prêt pour le public !
