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Amoureux de la science : jusqu'à quand ? L'avis de Hans Op de Beeck (KU Leuven)

Selon Hans Op de Beeck, psychologue biologiste à la KU Leuven, de nombreux jeunes chercheurs cèdent sous la pression de la sélection. Il est temps de les écouter.

Amoureux de la science : jusqu à quand ? L avis de Hans Op de Beeck (KU Leuven)

Un bon universitaire cultive un amour profond pour la science, sous toutes ses formes : recherche, enseignement et services à la société. Pourtant, si la situation actuelle persiste – avec une évaluation dominée par des chiffres et une pression accrue sur les jeunes talents –, la science risque de perdre de véritables passions.

Les indicateurs quantitatifs, comme les facteurs d'impact, ont prouvé leur utilité pour objectiver le recrutement et l'évaluation académique, améliorant ainsi la qualité globale. Mais ils ne doivent pas devenir une fin en soi. Il y a dix ans, lors de mon arrivée au prestigieux MIT de Boston en tant que jeune postdoctorant, mes collègues ambitieux ignoraient largement ces métriques. Ils n'en avaient pas besoin pour démontrer leur excellence. En Flandre, les jeunes scientifiques sont, eux, obsédés par ces chiffres. Notez que je ne défends pas mon propre intérêt : mes performances y sont favorables.

Ce débat sur les métriques n'est pas nouveau. Scientifiques humains et exacts/biomédicaux s'opposent depuis des années, et la plupart reconnaissent leur incomplétude. Les comités d'évaluation regardent bien au-delà. Le problème réside souvent dans la perception : les critères quantitatifs, concrets, marquent les esprits. Par exemple, au VIB (où je ne travaille pas), les exigences en publications annuelles à fort impact (supérieur à 10 ou 5) sont notoires. Les décideurs politiques sous-estiment cet effet, même s'ils insistent sur une évaluation holistique incluant qualité et enseignement.

Ce qui fait exploser le débat aujourd'hui ? La politique récente favorisant un maximum de doctorats. Les universités et professeurs sont récompensés pour cela, créant une disproportion inédite : peu de postes permanents face à une armée de jeunes temporaires. Dans mon groupe, je suis l'exception permanente parmi plus de dix membres.

Cette imbalance est critique : devenir un excellent scientifique exige engagement, talent et travail acharné. Beaucoup de jeunes sont "mordus" par la science, au point d'y penser sans relâche. Mais les perspectives d'avenir s'amenuisent. Est-il éthique de les laisser s'éprendre de la science pour des années de doctorat et postdoc, sans horizon universitaire viable ?

Les comités, face à un flot de dossiers excellents, peinent à sélectionner équitablement. La pression est intenable. Déjà en 2000, André Oosterlinck (ex-recteur KU Leuven) alertait : "La qualité de vie universitaire est sur le fil du rasoir." C'était avant l'explosion actuelle ! Il est urgent d'écouter les jeunes. Des changements bénéficieront à tous : permanents, société (meilleure recherche et éducation) et groupes de recherche, où les temporaires assurent l'essentiel du travail.


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