Un soutien-gorge parfaitement ajusté reste une rare exception. Lidewij van Twillert conçoit des soutiens-gorge sur mesure grâce à des scans corporels 3D.

Enfin, le soutien-gorge devient un produit du XXIe siècle.
La conception traditionnelle des soutiens-gorge est défaillante : lingerie trop serrée, bretelles qui entaillent, armatures qui piquent ou agrafes qui démangent. Peu d'innovations ont émergé depuis le premier modèle. En 1910, l'éditrice américaine Caresse Crosby invente accidentellement le soutien-gorge en coupant un mouchoir pour remplacer son corset inadapté. Il faut attendre 1930 pour l'ajout d'armatures, et les bonnets moulés sans couture datent d'une vingtaine d'années. « C'était une avancée esthétique, sans impact réel sur le confort », explique Lidewij van Twillert.
« Durant mes études de design industriel à l'Université de technologie de Delft, un atelier de scan 3D m'a inspirée. J'ai réalisé que les soutiens-gorge devaient s'adapter parfaitement au corps », raconte cette jeune ingénieure en mode récemment diplômée. Son premier prototype, conçu pour sa thèse, était destiné à l'actrice principale de la comédie musicale Cabaret. « Ambientée dans les années 1930, cette pièce m'a plongée dans la mode vintage. Aujourd'hui, chez Mesh Lingerie, je crée des soutiens-gorge personnalisés dans ce style.»
Implantée dans un entrepôt de la zone commerciale ouest de Rotterdam, l'entreprise de Van Twillert emploie trois collaboratrices. Le nom "Mesh" évoque le fichier maillé des scans 3D – un réseau de triangles polygonaux – et le polyamide aéré typique de la lingerie.
L'ingénieure cible surtout les bretelles inadaptées. Les clientes sont scannées en studio avec un scanner 3D manuel qui projette un motif lumineux pour capturer les formes du buste en une image 3D précise.
« Les détails techniques sont confidentiels, protégés par la propriété intellectuelle de Mesh Lingerie. Nous avons développé une méthode pour positionner le sein idéalement, puis modéliser le soutien-gorge : tissus et support imprimé en 3D remplaçant l'armature, en nylon.»
« Entre scan et impression, un logiciel permet une modélisation précise. Résultat : patrons textiles et fichier 3D adaptés au corps unique », précise Van Twillert. Contrairement au prêt-à-porter basé sur des tailles standard inadéquates – où deux marques portent le même étiquetage mais diffèrent en coupe –, Mesh Lingerie propose du sur-mesure : bonnets, espacement, largeur d'armatures et profondeur.
Pourquoi cette innovation n'est-elle arrivée que maintenant ? « Avec plus de femmes ingénieures, le problème aurait été résolu depuis longtemps. L'industrie de la mode est conservatrice, reposant sur l'essai-erreur. Chez les ingénieurs, on utilise calculs et données précises. J'applique une approche scientifique, avec tests rigoureux. »
Cette méthode est aussi écoresponsable : « Système circulaire en vue. À usure du textile, renvoyez votre soutien-gorge ; nous réutilisons la structure 3D pour un neuf. Tests en cours. »
Mesh pilote avec 30 clientes et vise l'expansion via pop-up en boutiques de lingerie. Modèles variés : bonnets moulés, rembourrés ou non, bustiers externisés. En développement : sans bretelles pour robes de soirée. « Designs esthétiques et fonctionnels. Pas de fanfreluches inutiles ! »
Le prix reflète le travail artisanal – sauf armature imprimée. « Plus complexe qu'un t-shirt, chaque pièce est cousue main. Scan + premier soutien-gorge : 300 €. Suivants : 175 €, sans rescan. Délai : 1-3 semaines. »
Ambition de Van Twillert : transformer l'industrie. « Soutien-gorge technique par excellence, il mérite une ingénierie du XXIe siècle. Bientôt, scans via smartphone pour conquérir le monde. »