Le muguet de mai, parfois appelé lis des vallées (lily of the valley en anglais), porte le nom scientifique Convallaria majalis. C'est la seule espèce de son genre, classée dans la famille des Asparagaceae selon la phylogénie moderne, ou des Liliaceae dans la classification classique.
Cette petite plante vivace prospère dans les forêts et sous-bois lumineux des régions tempérées de l'hémisphère Nord. Elle s'étend via des rhizomes souterrains, d'où surgissent deux feuilles ovales et pointues. Les tiges florales portent de petites clochettes blanches très parfumées. Après la floraison de mai à juin apparaissent des baies rouges sucrées, attractives pour les enfants, mais hautement toxiques, provoquant de graves troubles digestifs.
Surnommé "Gazon de Parnasse", le muguet tire ce nom d'une légende antique : Apollon, dieu du mont Parnasse, l'aurait créé pour tisser un tapis parfumé sous les pieds des neuf muses.
Bien que son attrait soit éphémère, le muguet reste l'une des plantes les plus emblématiques en France. Fleur offerte sans ambiguïté à un ami, un voisin ou un employeur, elle symbolise le porte-bonheur du 1er mai. Cette tradition remonte au XVIe siècle. En 1561, le chevalier Louis de Girard offre un brin à Charles IX, alors âgé de 10 ans. Touché, le roi en distribue aux dames de la cour les années suivantes, jusqu'à sa mort en 1574 d'une pleurésie.
Au bois de Chaville, le renouveau du muguet porte-bonheur
La coutume renaît vers 1900 au bois de Chaville, près de Paris, lors d'une fête organisée par des couturiers. Tous les participants, riches ou modestes, reçoivent un brin de muguet. Sensibilisées, les ouvrières popularisent la tradition en offrant à leur tour des brins sauvages. Symbole des travailleurs, le muguet attire des milliers de cueilleurs, menaçant sa présence dans les bois parisiens.
Au XVIIIe siècle, abondant dans les zones humides et ombragées, le muguet est cité dans les botaniques et médecines. Un ouvrage de 1782 le décrit comme "chaud, défécatif et céphalique", utile contre apoplexie, paralysie, vertiges, épilepsie et lipothymie. On prépare eaux, huiles, poudres et suc enfoui dans du fumier contre goutte et herpès. Ces remèdes empiriques, face à sa toxicité, ont causé bien des dangers.
Une fleur innocente qui renferme de redoutables poisons
Le muguet offre des propriétés tonicardiaque et diurétique validées, mais ses alcaloïdes (convallarine, convallamarine, convallatoxine) le rendent extrêmement toxique. Traités scientifiquement, ils servent à soigner des troubles cardiaques. Attention : ingestion provoque vomissements, diarrhées et peut être fatale. Respectez ce porte-bonheur !
Depuis le XVIe siècle, son parfum frais inspire parfums et cosmétiques. Les élégants en abusaient, gagnant le sobriquet de "muguets", d'où le verbe "mugueter" (flirter). Aujourd'hui, synthétisé (terpinéol), car non extrait du végétal.
La région nantaise, spécialiste incontestée du muguet
Pour le 1er mai, Nantes et la Loire-Atlantique produisent 85 % des 60 à 100 millions de brins vendus annuellement en France, suivis du Bordelais, Nord et Île-de-France. Plantez en sol frais les cultivars 'Albostriata' (feuilles rayées), 'Flore Pleno' (doubles) ou var. rosea (rose pâle). Évitez de cueillir au printemps pour préserver la plante !
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