Le gouvernement américain mise à nouveau sur les biocarburants. Ce mois-ci, le ministère de l'Énergie (DOE) a dévoilé un plan ambitieux prévoyant plus de 100 millions de dollars pour la recherche fondamentale et le développement technologique axés sur la production de biocarburants, de biomatériaux et de bioproduits. Les biocarburants, carburants liquides issus de sources renouvelables comme les huiles végétales usagées ou les graisses animales, sont souvent considérés comme plus durables que les combustibles fossiles.
L'Agence de protection de l'environnement (EPA) a également annoncé des mesures pour relancer les biocarburants en début de mois, via un ensemble d'actions visant à augmenter les volumes produits, malgré des réductions rétroactives pour 2020 et 2021. De nouveaux changements réglementaires renforcent la norme sur les carburants renouvelables (RFS), créée en 2005 pour réduire les émissions des carburants fossiles. Parallèlement, le Département de l'Agriculture (USDA) alloue jusqu'à 800 millions de dollars pour soutenir les producteurs et infrastructures de biocarburants.
"Malgré les défis récents pour le programme RFS, l'EPA reste engagée dans la croissance des biocarburants comme pilier d'un avenir énergétique propre et décarboné", déclare l'administrateur Michael S. Regan. "Ces actions remettront le RFS sur les rails de la croissance avec des objectifs ambitieux pour 2022, ancrés dans la science et le droit."
Les biocarburants les plus courants sont le bioéthanol et le biodiesel. Le bioéthanol, alcool issu de plantes comme le maïs via un procédé de broyage à sec, fermentation et distillation, produit des coproduits tels que les drêches et le CO2. Mélangé à l'essence, il élève l'indice d'octane et réduit les émissions de monoxyde de carbone et de smog, selon le DOE.
Les carburants d'aviation durables (SAF), à base d'éthanol bas-carbone issu de biomasse et déchets, font l'objet d'investissements croissants pour atténuer les émissions aéronautiques. Bien que rares, des compagnies comme United Airlines s'engagent : objectif de réduction de moitié des émissions d'ici 2035 via les biocarburants.
Le biodiesel, obtenu par transestérification d'huiles végétales, graisses animales ou huiles de cuisson recyclées, produit du biodiesel et de la glycérine. Raffiné, il remplace souvent les combustibles fossiles dans les véhicules.
Les biocarburants ne sont pas exempts de controverses. Leur production n'est pas toujours neutre en carbone : défrichement pour cultures dédiées réduit la séquestration du sol. Selon le Center for Sustainable Systems de l'Université du Michigan, une croissance rapide pourrait favoriser les importations, augmentant les émissions.
La production de matières premières comme le soja mobilise plus de terres, menaçant forêts et prairies, note John DeCicco (Université du Michigan). L'EPA alerte sur les impacts : changements d'usage des sols, pression hydrique, pollutions et hausses des prix alimentaires. Certains biocarburants pourraient émettre plus de GES que les fossiles à l'équivalent énergétique.
Pour les secteurs comme l'aérien et maritime, difficiles à électrifier, ils offrent une transition. Une étude de 2020 montre que remplacer le maïs par des plantes indigènes comme le panic raide améliore le bilan carbone, surpassant parfois le reboisement.
"Notre analyse prouve que les biocarburants offrent des bénéfices climatiques significatifs avec une approche ciblée", affirme Lee Lynd, professeur à Dartmouth.
Les biocarburants soutiennent aussi d'autres renouvelables, selon Kenneth Agee, président d'Emerging Fuels Technology. "Contrairement à l'éolien intermittent, ils comblent les lacunes de stockage et offrent une alternative bas-carbone aux fossiles."
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