De nombreux critiques s'en prennent au sénateur Joe Manchin (D-WV), qui a seul fait capoter cette semaine le projet de loi Build Back Better (BBB). Ce plan aurait pu devenir "la législation climatique la plus ambitieuse de l'histoire des États-Unis", selon Megan Mahajan, responsable de la politique énergétique chez Energy Innovation, citée par PopSci en octobre. Il prévoit des milliards de dollars pour développer des technologies à faible émission de carbone et un réseau national de bornes pour véhicules électriques.
Pourtant, Manchin, qui a reçu environ 400 000 dollars de dons des industries fossiles et gagné des millions via sa société de courtage de charbon, n'a pas adhéré au projet, même après suppression du Clean Electricity Performance Program (CEPP), doté de 150 milliards de dollars pour promouvoir l'électricité propre. "Si je ne peux pas l'expliquer à mes électeurs de Virginie-Occidentale, je ne peux pas voter pour", a-t-il déclaré à Fox News dimanche. "J'ai tout essayé, mais c'est non."
Sans ce texte, les objectifs climatiques ambitieux des États-Unis s'éloignent. "L'écart reste béant entre notre situation actuelle et les cibles du président Biden", explique Jesse Jenkins, ingénieur à Princeton, à l'origine d'une modélisation des impacts du BBB sur les émissions nationales, dans le New York Times. "Sans ce projet ou équivalent, ces objectifs paraissent inatteignables."
La frustration est vive à gauche du Parti démocrate et chez le président. Mais un soutien inattendu émerge : celui des mineurs de charbon que Manchin représente.
Lundi, le syndicat United Mine Workers of America (UMWA) a publié un communiqué pressant Manchin de "reconsidérer son opposition". L'an dernier, l'UMWA l'avait nommé membre honoraire.
Le BBB prolonge les redevances payées par les compagnies charbonnières pour financer les soins des mineurs atteints de pneumoconiose (black lung), touchant des milliers d'entre eux. Sans cela, ces frais chuteraient de moitié, alourdissant le fardeau pour les individus et contribuables. Le texte offre aussi des incitations fiscales pour créer des emplois sur les anciens sites miniers.
Il inclut des mesures facilitant la syndicalisation. "Ce langage est crucial pour restaurer le droit de s'organiser face à l'offensive anti-syndicale des employeurs", souligne Cecil Roberts, président de l'UMWA.
L'UMWA a déjà présenté un plan de transition énergétique : "Le changement arrive, voulu ou non". L'industrie charbonnière a perdu 50 % d'emplois entre 2011 et 2020, une tendance qui se poursuivra avec la décarbonation. Soutenir les reconversions locales est essentiel pour ces communautés vulnérables.
"Nous perdrons des emplois charbonniers, loi ou pas", confie Phil Smith, lobbyiste en chef de l'UMWA, au Washington Post. "Aideons ceux qui en pâtiront à en trouver de nouveaux."